Le premier janvier est commémoré ,avec tristesse par les pauvres hères dont le poids des ans ajoute à leurs inquiétudes, à leurs quotidiennes misères; avec joie par l'homme comblé qui dans de fastueuses agapes trouve cette ,forme suprême du bonheur: l'oubli.

Au seuil de la nouvelle année, comme devant un monument aux Morts le jour du 11 Novembre, l'homme doit se recueillir.

Certes la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » est une belle devise, une grande devise. L'imprimer sur le papier, la graver dans la pierre, c'est bien; mais l'appliquer serait mieux.

Dans les tranchées, face à l'ennemi, face à la mort, les soldats issus de tous les milieux sociaux, venus de tous les horizons politiques, dans la boue et dans la souffrance, étaient tous égaux devant le devoir et le danger. Le pauvre était l'égal du riche, les qualités du cÏur valaient celles de l'esprit, l'homme n'était qu'un homme qui d'une seconde ,à l'autre pouvait devenir ce tas grouillant et puant qu'on écrase en passant ou cette dépouille verdâtre dont la bouche est tordue par la dernière convulsion.

Derrière les barbelés, les prisonniers, les déportés partageaient non seulement leurs souffrances, leurs angoisses mais aussi leurs colis.

Dans l'épreuve, combattants, déportés, prisonniers apprirent à se com~prendre, à s'estimer, à excuser les faiblesses, à pardonner les défauts des autres en considérant leurs propres faiblesses, leurs propres défauts. L'amour du prochain, la fraternité n'étaient pas de vains mots.

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