La critique a, sans conteste, son utilité, mais signaler les erreurs n'est pas toujours sans danger.

L'autre jour dans un département voisin un redresseur de torts a été arrêté. Il était allé, il est vrai, un peu plus loin: il avait tué son contradicteur.

Quand à Château-Gontier, en juin dernier, par une nuit sans lune, la «Maria-Augustine», fit naufrage, sa pacifique carrière fut évoquée avec tristesse. Ceux qui, déçus par les temps présents, vénèrent un heureux passé, compagnon de leurs jeunes années, versèrent quelques larmes.

Ils se consolèrent en songeant que l 'archaïque « Maria-Augustine » qui soumettait l'hiver les lavandières à de dures épreuves serait remplacée par une moderne et municipale blanchisserie. Ils se trompaient. Reniant l'esprit de progrès qui si souvent les inspira, nos édiles décidèrent en l'an de grâce 1951 de commander un bateau lavoir modèle réduit.

Quand son arrivée £ut signalée comme imminente, les lecteurs castrogontériens s'intéressant à la marine, parcoururent avec attention la rubrique «Où sont nos navires?». En vain d'ailleurs, car un beau matin, c'est dans la chronique locale qu'ils apprirent qu'un remorqueur avait été dépêché sur la Sarthe et que le soir même le bateau-lavoir arriverait au port.

Quoique l'eau de nos rivières ne soit pas salée, tempêtes et incidents de navigation ne sont pas écartés. Par suite d'une avarie de moteur, c'est seulement le lendemain que le bateau accosta le quai. Tel un visiteur courtois, il se présenta tête nue, sans ardoises sur le toit.

Le dimanche qui suivit, toute la journée, de nombreux visiteurs, malgré la pluie, vinrent admirer la superbe unité !dotée de six chaudières et capable d'abriter le commandant et neuf lavandières.

A bord le confort n'a pas été oublié. Dans la proue, des « W.-C. » avec tout à l'égout, ont été aménagés, ce qui constitue un luxe rare à Château-Gontier.

Depuis le 22 octobre, le bateau-lavoir sans nom est en service. Le baptême sera l'occasion de joyeuses festivités, le bal de la marine aurait lieu ce jour-là.

La date de l'inauguration officielle n'est pas encore fixée. S'adressant aux personnalités et à la foule, l'orateur désigné s'écriera, peut-être:

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,

« Je suis particulièrement sensible à l'honneur qui m'échoit de prononcer le discours inaugural, après avoir posé la première planche de ce bateau-lavoir si judicieusement baptisé « Le Progrès ».

« C'est la deuxième cérémonie de ce genre qui se déroule dans | notre région. Nos concitoyens ont conservé un impérissable sou- t venir des £êtes qui marquèrent dans une petite commune voisine- -4 sine, le lancement de son frère « Le Cap-Vert ».

« Je salue les personnalités présentes en particulier Monsieur le Ministre qui en acceptant de présider cette manifestation a prouvé l 'intérét qu'il porte à une pareille réalisation. 1

« En ce jour de liesse et de concorde, je ne ferai pas preuve j de cruauté en prononçant l'oraison funèbre des machines à laver et des essoreuses qui appartiennent maintenant à une époque 0 révolue.

« J'exalterai les magnifiques qualités nautiques de ce bateau lavoir moderne, gloire première de notre cité. \

«,Puisse la devise qu'illustrent les armes de Paris être la sienne «Fluctuat nec Mergitur».

Vive la République,

Vive Château-Gontier,

Vive le Progrès.

27 Octobre 195 l

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