Bateau-lavoir amiral, il était le seul survivant d'une flottille qui jadis comprenait sept unités.
Sa carrière comme celle de la plupart de ses frères, fut sans gloire et sans histoire.
Durant sa longue et heureuse vie, il n'effectua qu'un seul voyage au long-cours, la traversée de Château-Gontier, lorsqu'en 1943, il quitta le Port-Maslin où il était amarré depuis 1880 pour jeter l'ancre aux « Lavanderies ».
Pendant plus de soixante-dix ans, il fut le muet confident des lavandières et nos concitoyens les moins optimistes espéraient fêler son centenaire quand la semaine dernière une voie d'eau soudain se déclara.
Ni les pompiers, ni le vidangeur ne furent appelés, mais en grande hâte le bateau assoiffé, à l'abreuvoir fut conduit. C'est là qu'aujourd'hui il gît, épave lamentable; nul confrère n'a prononcé l'oraison funèbre.
Demain, il sera oublié malgré les éminents services qu'il rendit dans le passé à ceux qui ne possédaient pas de ,machines à laver.
La discipline régnait à bord grâce aux dix commandements suivants qui m'ont été communiqués par une humoriste, laveuse de son métier.
1. Un seul maître sur le bateau, tu auras. Servilement tu lui obéiras.
II. A l'heure exacte tu arriveras et repartiras.
III. Huit heures par jour seulement tu feras.
IV. De tes voisines jamais tu ne médiras. Aucune histoire les concernant, tu ne rapporteras.
V. Aucun vol tu ne feras ou la porte , immédiatement t,u auras.
Vl. Les vieux baquets tu entretiendras, ainsi longtemps tu t'en serviras.
VII. Ta chaudière chaque jour tu videras.
VIII. Sous peine d'amende, aucun matériel tu ne détérioreras.
IX. Dans le bateau, doucement tu marcheras afin qu'il n'aille pas au fond subitement.
X. A tous les règlements tristement ou gaiement tu te conformeras si tu ne veux pas être considéré comme un scélérat.
Bateau-lavoir et commandements appartiennent maintenant au passé, mais le naufrage du « Maria Augustine » pose aujourd'hui à nos édiles un important problème dont la solution est £fort urgente.
Fidèles à l'esprit de progrès dont souventes fois ils firent q preuve, ceci dit sans ironie, dès demain, ils décideront à l'unanimité la construction d'une blanchisserie municipale.
En l'an 1951, l'achat d'un bateau-lavoir équivaudrait à la reconnaissance de la théorie de la génération spontanée. Aujourd'hui les coureurs du Tour de France n'utilisent plus la draisienne.
7 Juillet 1951