« La politique, hélas ! voilà notre misère. Mes meilleurs amis me conseillent d'en faire. » Voilà pourquoi j'accepte de suivre leurs bons conseils, sur le papier du moins. Passons au fait.
Le peuple retournera bientôt aux urnes. Faisant ,montre de sagesse, la majorité des députés ne s'est point obstinée à méconnaître la volonté de la Nation et à conserver ,un pouvoir synonyme d'impuissance.
Après le vote de la réforme électorale, l'assemblée a décidé que son règne prendrait fin le 4 juillet 1951, mais il est loisible de se demander s'il appartenait bien aux députés de décider de la manière dont ils seraient réélus ou blackboulés le 17 juin prochain. La chose est admise, on ne peut être juge et partie, un référendum s'imposait.
Quoi qu'il en soit, les élections auront lieu au scrutin de liste départemental majoritaire à un tour avec apparentements et panachages et l'appellation non contrôlée des listes ajoutera à la confusion de beaucoup.
Ceux qui déjà ne savaient pas pour qui ou pour quoi ils votaient, seront encore plus nombreux à moins que des centres d'apprentissage accéléré pour électeurs ne soient immédiatement créés et que le certificat d'études primaires électorales ne devienne obligatoire.
Quelle sera la composition de la nouvelle Chambre ? Sera-t-elle comme par le passé, une Chambre des ~métiers où seuls les avocats, les médecins et les professeurs seront largement représentés ?
Les événements ont démontré d'une manière superfétatoire que ceux qui parlent bien n'agissent pas toujours bien et que les problèmes économiques ont à l'heure actuelle le pas sur les problèmes purement politiques,. Que feront les nouveaux élus ?
Le 20 juillet 1792, dans son discours aux Jacobins, Robespierre déclarait:
« Les Représentants (les députés à la Législative) n'étaient que de simples mandataires du peuple et ils se sont faits souverains, c'est-à-dire despotes.
Il faut que par une loi fondamentale de l' État, les comités puissent porter périodiquement leur jugement sur la conduite de leurs représentants et avoir le droit de révoquer ceux qui se seront montrés indignes de leur confiance. »
Tel est aujourd'hui le désir de la plupart des électeurs.
Deux vers d'Alfred£ de Musset dont je ne suis pas le disciple politique, m'ont servi de prologue, deux autres vers du même auteur me serviront d'épilogue.
je ne suis pas l'amant de nos places publiques.
On n'y fait que brailler et tourner à tous vents.
Les peuples étreints par l'angoisse attendent et espèrent. Truman parle. Staline se tait.
12 Mai 1951