Les visites causent toujours un vif plaisir, soit à ceux qui les font, soit à ceux qui les reçoivent. Quand ce n'est pas lors de 4 l'arrivée, c'est à l'instant du départ. Les visites officielles n'échappent pas à cette loi.

Lors de la venue d'une personnalité, il est certes fort agréable, pour un Maire, de lui présenter les monuments qui sont l'orgueil de la cité, même s'il ne peut en revendiquer la paternité. Au cours de ces cérémonies, la mémoire de ceux qui eurent le mérite de faire bâtir n'est pas souvent évoquée.

Les contribuables ont droit eux aussi à un tribut de gratitude: ceux qui paient doivent être considérés.

Quoi qu'il en soit, le passé est le passé et sans conteste il serait plus utile d'offrir aux regards d'un ministre ou d'un préfet les édifices désuets ou délabrés qui doivent être remplacés ou transformés.

L'autre jour, un spirituel ami me confiait: « Si j'étais maire, un malheur est si vite arrivé, ce sont les taudis, l'abattoir et le théâtre que je ferais visiter. Quand je reçois ma propriétaire, je ne lui montre pas ce qui est parfait. »

Je suis de l'avis de mon ami. Qu'une sous-préfecture, au XXe siècle dispose depuis deux ans d'une crèche et d'une usine d'épuration des eaux, cela ne constitue certainement pas une chose extraordinaire justifiant pendant plusieurs années une bruyante publicité.

Sur ces tardives nouveau-nées, il ne faut pas sans cesse se pencher. D'autres problèmes urgents doivent être étudiés mais il est permis de se demander de combien de visites officielles le terrain des sports et l'usine des eaux auront été l'objet quand le nouveau théâtre, l'inodore abattoir et les cités ouvrières modernes seront devenues d'utiles réalités.

 

17 Mars 1951

 

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