Notre municipalité vient d'innover en priant ses administrés de bien vouloir lui signaler les lampadaires électriques dont les ampoules ne fonctionnent pas. Puissent nos concitoyens ne pas rester sourds à cet appel.

A une époque où la self-discipline connait la vogue des méthodes nouvelles, cette municipale innovation paraît excellente et ne saurait être critiquée tant qu'il n'est ,pas question de faire remplacer par les contribuables eux mémes les ampoules détériorées. Ainsi est consacrée officiellement la légitimité de l'action de certains autochtones qui, quoique non pourvus d'un mandat électif, s'intéressent néanmoins à la chose publique. Peut-être même recevra le titre de conseiller municipal « honoris causa » celui qui aura signalé à la municipalité le plus grand nombre d'ampoules détraquées.

Les choses défectueuses sont ici-bas si nombreuses qu'il est loisible parfois de ne les pas remarquer, aussi est-il souvent utile de les dénoncer.

Hier encore, promenades de la Résistance, deux pancartes fixées sur deux troncs centenaires stipulaient, noir sur blanc: « Circulation interdite aux voitures, brouettes, bestiaux et vélocipèdes ». Règlement de police du 18 juin 1849. Arrêté municipal du 22 juin 1896.

La clarté de ce bref libellé parut-elle sujette à caution ? En juin dernier (l'expérience prouve que ce mois dans notre cité est particulièrement favorable à la plantation des pancartes) six panneaux blancs bordés de rouge furent fichés en terre sur lesquels les promeneurs, amateurs de lecture gratuite, purent et peuvent encore lire en lettres rouges: « il est interdit de circuler à tous véhicules et vélos, sauf aux voitures d'enfants » et en lettres noires, afin que ceux qui avaient cette mauvaise habitude en fassent leur deuil: « Défense d'attacher aux arbres palissades et bancs ».

A l'image des portes et des fenêtres des 23 immeubles bordant les promenades de la Résistance la circulation des voitures d'enfants constitue une heureuse tolérance qui sera peut-être rapportée quand, victimes du progrès, les poussettes seront, elles aussi, motorisées. En attendant, le caractère de tolérance ne saurait être refusé à nos allées boisées dont les bancs servent parfois la nuit de divans. Peut-être peut-on regretter que la circulation des bestiaux n'y soit plus maintenant défendue.

Quoi qu'il en soit, les trois couleurs des nouvelles pancartes, rouge, blanc, noir, évoquent le pavillon d'un pays et trois dates douloureuses de notre histoire, 1870-1914-1939, en un lieu où seules les couleurs Françaises et Alliées peuvent glorifier et perpétuer le souvenir de cette Résistance dont nos Promenades portent le nom.

 

Juillet 1950

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