De nos jours, la vie est si trépidante que, souvent, choses et gens disparaissent, sans bruit, et sombrent aussitôt dans l'oubli.

Fils d'un avoué qui présida aux destinées de notre Cité pendant cette guerre que les historiens ont appelé la «grande guerre », un médecin quittait notre ville en 1956 après plus de quarante années d'une activité professionnelle désintéressée.

Dans la presse et ailleurs aucune voix officielle ne s'est élevée pur rendre à ce citoyen l'hommage qu'il méritait et exprimer les regrets que son départ causait. Grâce à un homonyme épicier, de temps à autre, son souvenir est évoqué.

Cet exemple d'ingratitude n'est pas unique. Il y a quelques semaines le corbillard motorisé de Château;Gontier quittait l'hospice Saint-Joseph. Comme lors de l'enterrement de la « Dame aux Camélias », deux personnes seulement suivaient le funèbre convoi de celui qui fut le père spirituel de deux ferronniers d'art castrogontériens qui obtinrent ce titre envié du « meilleur ouvrier & France ».

Toute sa vie cependant avait été consacrée aux Cours professionnels de serrurerie et d' ajustage créés par la Chambre des Métiers dont il fut membre pendant de nombreuses années. En 1951, la République le récompensera en lui accordant les palmes académiques. En mourant dans un hospice, il effaçait son honorifique passé !

Hélas nombreux sont ces citoyens, modestes mais valeureux, dont les mérites sont oubliés à l'heure de leur mort. Sans faste, sans spectateurs, ils sont enterrés, incognito, alors que les « glorieux », les « m'as-tu-vu » sont l'objet de tapageuses funérailles. Mais leur gloire posthume ne dure que l'espace d'un matin et le temps, implacable justicier, fait dès le lendemain de leur fragile et ridicule piédestal ,un petit pavé.

Des choses, il en est de même et c'est ainsi qu'après trois lustres, ou peu s'en faut, de tractations administratives et de municipales cogitations, les dangereuses ruines du « Gagne-Petit », elles aussi vont disparaître, sans tambour, ni trompette.

Et cependant, cette enseigne qui va mourir mérite une brève oraison. Elle évoquait,une époque où l'appât du gain n'était pas encore une épidémie, où d'aucuns dans la soif de l'argent faisaient montre de modération.

29 Mars 1950

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