Un journaliste bien informé, à l'affût des dernières nouvelles, se devait de consacrer quelques photographies et une soixantaine de lignes romancées (une ligne par arbre n'est pas exagéré) aux soixante platanes condamnés. Vraiment, je suis surpris que mes confrères ne l'aient déjà fait.

D'émouvants détails sur les derniers moments des sacrifiés eussent peut-être évité à certains de nos concitoyens d'attraper froid en regardant les arbres s'abattre sur la chaussée.

Sans nul doute, le service d'ordre se fût trouvé singulièrement simplifié si, grâce à un reportage quotidien illustré auquel tous s'attendaient, les curieux étaient restés chez eux, au coin du feu.

Beaucoup de lecteurs auraient, certes, été heureux de trouver dans un compte rendu attendrissant quelques détails inédits sur la vie brisée de ces arbres au cÏur creux qui servaient de logis aux chauves-souris.

Expulsées sans préavis, que deviendraient-elles si des âmes charitables ne leur donnaient asile dans leur grenier, car évidemment ce problème du logement n'est pas du ressort de la municipalité.

Quoi qu'il en soit, grâce aux précautions prises, le sphinx jusqu'à présent, n'a ,pas été détérioré. Si pareille chose était arrivée, les membres de la commission ,des édifices historiques le s'en seraient jamais consolés. Il est vrai que le danger va en augmentant à mesure que la hache du bûcheron se rapproche du monument.

Il est vraiment heureux que l'arbre de la « Liberté » ne soit pas un platane de la première ou de la seconde rangée.

Dans la circonstance, il faut reconnaître qu'en plantant au « Bout du Monde » ce symbole de la liberté, la municipalité a été bien inspirée et a fait preuve de perspicacité.

22 Février 1950

 

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