L'an dernier, alors que dans certaines villes les peintres en chômage balayaient les rues, à Château-Gontier les balayeurs municipaux faisaient montre d'aptitudes polytechniques, abandonnaient temporairement leur balai pour repeindre les bancs des jardins publics, avec d'authentiques pinceaux.
La peinture employée était de qualité mais peut-être pouvait-on lui reprocher d'avoir pendant de longs mois sournoisement repeint nombre de fonds de pantalons.
Promenades de la Résistance, en vue de l'abattage des platanes, de nombreux bancs ont été déterrés et déplacés. C'est peut-être pour cela qu'ils avaient été réparés et repeints l'an passé. :
Certains, face aux murs sont déjà alignés, d'autres autour du kiosque rangés. Sur leurs pieds, de sabots en ciment chaussés, ils semblent attendre patiemment les auditeurs du prochain concert en plein air. Les mélomanes distingués sur ces sièges surélevés seront certainement à la hauteur pour écouter.
Un demi siècle a démontré que ces bancs n'étaient presque jamais utilisés où ils étaient installés. Il est certain que la municipalité en d'autres lieux les aurait placés si leurs pieds avaient été munis de roulettes au lieu d'être de béton enrobés.
Maintenant qu'ils sont descellés, il serait vraiment inadmissible de les remettre où ils se trouvaient. Seul le banc où s'assit André Theuriet quand il vint inaugurer le buste de Charles Loyson, doit demeurer.
Il faut songer à ceux qui le dimanche n'ont pour se distraire qu'une promenade à pied.
Route de Laval, avenues d'Angers et de Sablé, sur les bermes boisées, les piétons fatigués seront heureux d'avoir des bancs pour se reposer.
22 Février 1950