Édition 1950

&emdash;Pardon, Monsieur, la rue Tour-Marlou ?

Tandis que son regard scrutait avec fixité quelque invisible quartier de la ville, l'interpellé répéta lentement: « Tour Marlou, Marlou ? » puis après quelques secondes de réflexion, il répondit:

&emdash;Marlou, Marlou, ça n'existe pas à Château-Gontier, je puis vous l'affirmer.

&emdash;Vous m'étonnez, rétorqua l'étranger en dépliant un plan qui fut aussitôt examiné, cette rue est bien marquée.

Sous le haut patronage du Syndicat d'initiative, patronage non accordé, et avec le concours des éditions Josyand, la plupart des noms, sans pitié, avaient été écorchés.

Les rues Déan, Gilles;Marais, de la Harelle, Tour-Marion et de la Volue, sans le consentement du Conseil ,municipal, étaient devenues les rues Déau, Gilles-Marans, de la Marelle, Tour Marlou et de la Voile.

Le détenteur du plan, qui k.heureusement n'était pas ,bleu, formula courtoisement les remerciements d'usage et prit congé.

Il se rendit, 5, rue Côtelière, où sur le fameux plan la sous-préfecture se trouvait indiquée.

&emdash;Bonjour, Monsieur le Sous-Préfet, dit en entrant le nouvel arrivant.

&emdash;Si vous êtes malade, répondit l'habitant, entrez, mais si vous êtes bien portant, inutile d'insister car je ne suis pas sous-préfet, mais médecin.

Le plan fut à nouveau examiné et c'est ainsi que le brave Monsieur Durand apprit que depuis dix ans, quoique existant toujours à cet endroit sur le papier glacé, la sous-préfecture de Château-Gontier, au « Bout du Monde » avait été transférée.

Si de nombreuses inexactitudes entachent le document publicitaire considéré, le lecteur ne doit pas s'en étonner car l'éditeur a pris la précaution de préciser qu'il déclinait toute responsabilité pour omissions ou erreurs involontaires.

Rendons l,qui l'hommage qu'il mérite pour sa perspicacité et remercions-le de nous avoir signalé parmi les principaux monuments de la ville, l'abattoir, les bains-douches, le champ de foire, la gendarmerie, les halles, le port et la prison démolie en 1936.

A cette liste qui n'a certainement pas été établie par un archiviste paléographe ou l'architecte départemental des monuments historiques, qu'il nous soit permis d'ajouter: le kiosque à musique, le Sphynx, le socle de la statue absente de Charles Loyson, l'obélisque du parvis de la mairie et la vespasienne du « Bout du Monde » qui, en souvenir d'un premier magistrat municipal aujourd'hui disparu, fut baptisée la « Fontaine-Blot ».

9 Février 1950

suite