Certes, il ne faut sous-estimer, ni les mérites, ni les difficultés du journaliste condamné impitoyablement à rédiger, chaque jour, un petit billet. Comme Châteaubriant le rappela avec quelque malice en 1827, à Elisa MercÏur, poétesse nantaise qui connut son heure de célébrité: « Il est des moments où la harpe repose, où I' imagination au fond du cÏur sommeille. »

Évidemment il est toujours loisible à un éditorialiste de parler de la pluie ou du beau temps, car de pareils sujets ne laissent d'être fort originaux. Aujourd'hui nous délaisserons le second pour ne parler q,que du premier.

Comme au débarquement des Anglo-Américains, en 1944, beaucoup, hier encore, n'y croyaient plus à cette pluie ,bienfaisante et se demandaient, avec angoisse, si notre terre sèche et brûlée n'allait pas subir le triste sort de la lune.

Même la réclamaient à cor et à cri ceux qui pour le vin ont une juste dilection car ils redoutaient que les limites,mites du Sahara ne fussent, d'une manière définitive, reportées en Normandie.

Comble de l'ironie, les disciples de Gribouille ne pouvaient même déclarer, pour se justifier, qu'ils se jetteraient dans la rivière pour n'être pas mouillés par la pluie. Tous les jours, soir et matin, les paysans privés d'eau organisaient, avec leurs tonnes, des processions qui rappelaient les Rogations.

La sécheresse, affirmaient péremptoirement les politiciens du café du Commerce, est I' unique cause de l' échec de la politique gouvernementale de baisse et comme Philibert Besson et Arché ne siégeaient plus à la Chambre des députés, des importations d'eau au titre du plan Marshall ne furent malheureusement pas envisagées.

La situation, vraiment, fut devenue critique si le temps était resté inchangé, mais conformément aux prévisions de la météo» si souvent en défaut, la pluie se mit à tomber. Hélas, le franc délavé fut dévalué.

Et pendant que le poète se lamentait, car il pleuvait dans son cÏur comme il pleuvait sur la ville, par milliers les poissons crevés au fil de l'eau polluée s'en allaient vers leur demeure dernière, mouvante et inconnue. De cela, personne ne parla, mais la piscine fut fermée. Les pauvres poissons n'avaient pu résister à la joie de voir tomber l'eau.

Ainsi fut prouvé une fois de plus qu'ici bas le bonheur des uns fait souvent le malheur des autres.

Le but du présent article, certains lecteurs l'ont deviné, est de démontrer, le fait n'est point nouveau, qu'il est toujours possible de parler ou d'écrire pour ne rien dire.

Nous espérons avoir pleinement réussi.

24-25 Septembre 1949

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