Comme nul n'est censé ignorer la loi, nombreux sont ceux qui l'ignorent, aussi est-il normal de ne pas connaître le sens exact de commémoration.
Pour ceux qui n'ont pas sous la main le précieux petit dictionnaire Larousse qui permet de voir qu'il faut un seul r à baril et deux à barriques, précisons que la commémoration d'un événement « est l'action de le rappeler à la mémoire par une cérémonie célébrée dans ce dessein ». Aussi serait-il logique que ladite cérémonie eût quelque rapport avec l'événement commémoré, en fût vraiment la vivante évocation.
Trop souvent, dans les petites villes, un défilé avec ou sans pompiers, un discours devant un monument et un concert au kiosque municipal sont les seules manifestations officielles.
Le temps, qui enrichit l'histoire, multiplie les commémorations. Dans quelques millénaires, les 366 jours de l'année bissextile s' avéreront insuffisants et peut-être faudra-t-il célébrer le même jour deux événements ayant des caractères diamétralement opposés.
Le 14 juillet 1946, la prise de la Bastille, fut, à Château-Gontier, commémoré par le feu dans un champ de blé, une collision entre un innocent platane et une automobile et le traditionnel concert au kiosque. Seule, cette dernière manifestation avait été prévue par la municipalité.
Cette année, sans l'intervention in-extremis de quatre conseillers républicains, l'incendie et l'accident eussent été remplacés par l'hebdomadaire marché du jeudi qui, certes, n'a rien de commun avec la destruction de la célèbre prison qui symbolise la première insurrection des Parisiens pendant la Révolution.
La dernière commémoration du 6 août 1944, fêtée avec éclat dans le chef-lieu de notre département, passa presque inaperçue dans notre ville. Quelques drapeaux français et un drapeau américain rappelaient à ceux, nombreux, qui l'avaient oublié, que ce jour-là l'armée américaine avait chassé l'occupant et libéré Château-Gontier.
L'apposition d'une plaque de bronze sur la façade de notre hôtel de ville est un geste de reconnaissance qui s'impose. Cette date historique ne doit pas être gravée uniquement dans la mémoire des hommes, car les hommes oublient, avant de disparaître et d'être oubliés eux-mêmes.
Quoi qu'il en soit, le soir du 6 août 1949, une trentaine de nos concitoyens, répondant à l'appel des autorités, s'étaient rendus au monument érigé la mémoire des huit résistants fusillés par les Allemands la veille de la libération: 30 habitants sur 6.000, c'est vraiment peu !
Vraisemblablement, en raison de cette nombreuse affluence, le discours officiel prévu ne fut pas prononcé et ce silence ajouta à la grandeur d'une cérémonie, émouvante par sa simplicité. Le recueillement est peut-être la plus noble des prières, la forme la plus pieuse de la reconnaissance.
Ce n'est d'ailleurs pas par d'inutiles discours, mais par des actes qu'on rend vraiment hommage aux morts héroïques dont le sacrifice exige que ceux qui les honorent se conduisent dans la paix, comme eux se sont conduits ans la guerre.
Nous ne citerons pas les présents, ils n'étaient point là pour que leurs noms paraissent dans les journaux: les citer, ce serait nommer les absents. Signalons cependant qu'une jeune fille en short assistait à la cérémonie.
Évidemment, l'époque du haut de forme et de la redingote est révolue, mais les morts ont toujours droit au respect. Ce respect exige une tenue décente.
Le protocole a, certes, évolué, mais les conseillers sportifs n'assistent pas encore aux compétitions nautiques en caleçon de bain.
27-28 Août 1949