Comme au billard, les adversaires de la piscine en rivière marquent des points.
Le bief où se trouve notre établissement~ balnéaire est devenu une mare croupissante alimentée au compte-gouttes par l'eau d'une rivière polluée dès son origine, ou peu s'en faut.
L'affluence n'est plus celle des journées ensoleillées; même les passionnés de la natation hésitent à se livrer à leur sport favori dans cette eau sale.
Depuis la mi-juin, la source de la Mayenne est presque tarie et, chaque,jour, la chaleur et les égouts ajoutent à la pollution; la flore aquatique meurt, se décompose, et la Compagnie générale des eaux, aux opérations normales d'épuration, a d' ajouter le traitement au sulfate de cuivre.
Cependant, envers et contre tous, envers et contre tout, la piscine municipale reste ouverte.
Évidemment,ment, sa fermeture serait un échec pour ceux qui en défendirent si âprement le projet lors de la mémorable séance du 22 septembre 1946.
Néanmoins, n'est-ce pas une coupable imprudence que de laisser des enfants, fatigués par une année scolaire et aussi par la température caniculaire, c'est-à-dire en établissement~t de réceptivité, se baigner dans une eau où les algues, victimes elles~mêmes de la pollution, ne peuvent vivre ?
Peut-être n'est-il pas aussi sans intérêt de rappeler que, lors de son audition, l'inspecteur départemental de la Santé publique spécifia, devant nos édiles, qu'en aucun cas, dans une piscine en rivière, la vitesse du courant ne devait être inférieure à un mètre par seconde et que, de plus, le fond de cette piscine devait être fréquemment balayé afin d'éviter le brassage de la vase par les nageurs.
La vitesse du courant est aujourd'hui facile à mesurer, car elle est nulle; quant au fameux balai, il jouit du prestige des choses irréelles, ce qui est regrettable, car la piscine actuelle a été construite dans la petite courbe de la rivière, c'est-à-dire en un lieu où se déposent les alluvions. Il n'est pas nécessaire d'être très fort en géographie pour le savoir; l'envasement de l'ancienne piscine des Lavanderies, qui était située quelques dizaines de mètres en aval, l'avait d'ailleurs démontré d'une façon indiscutable.
Quoi qu'il en soit, le paiement d'une entrée doit donner à un baigneur, non seulement le droit de s'immerger dans une piscine, mais également l'assurance que l'eau de cette piscine ne contient pas des germes pathogènes qui, en pénétrant dans l'organisme, pourraient provoquer de dangereuses affections.
Ne point fermer notre piscine, c'est donner aux usagers une impression de sécurité que ne partagent vraisemblablement pas les médecins et nous demandons respectueusement à la municipalité si tous les contrôles&les que commande la plus élémentaire prudence ont bien été effectués suivant la technique habituelle par des gens qualifiés.
L'expérience semble confirmer ce que certains de nos concitoyens perspicaces avaient prévu. Il eût été préférable de construire un bassin à l'intérieur des terres et de l'alimenter en eau javellisée. La proximité de la rivière n'était pas indispensable.
La présence d'un bassin de natation dans un bief£ qui est le réceptacle des égouts d'une agglomération, est une imprudence. La ville de Laval l'a reconnu en reportant en amont du barrage de Bootz la piscine du viaduc détruite lors des bombardements de 1944.
Puisse l'avenir infirmer nos craintes; nous le souhaitons. Mais, quand il s'agit de la santé, de celle de nos enfants en particulier, l'excessive prudence n'est pas un défaut et ne saurait être reprochée à ceux qui s'en font les apôtres.
Ceux qui n'en font point preuve dans les circonstances présentes, encourent, peut-être sans s'en douter, de lourdes responsabilités.
Un vieux précepte rempli de bon sens nous rappelle d'ailleurs qu'un homme averti en vaut deux.
25 Janvier 1949