Depuis plus d'un siècle, elles distribuaient ces pauvres pompes publiques aujourd'hui enchaînées, gratuitement et sans tickets, ce qui est vraiment rare de nos jours, l'eau claire parfois polluée de leurs puits. Peut-être ne furent-elles pas étrangères à la mort prématurée de certains octogénaires, aussi leur mise à la retraite n'eût pas été discutée si .elles avaient été remplacées par un nombre égal de bornes fontaines.

La suppression pure et simple de cinq points d'eau se traduit, pour plusieurs de nos concitoyens, par une indésirable promenade, avec des seaux, à travers les rues. Soucieuse de la santé de ses administrés et dans le but de leur éviter des efforts imprudents, la Municipalité qui a tout prévu, sauf le mécontentement a limité à douze litres la capacité des récipients que les usagers pourront suspendre à leur carcan. Le contrôle sévère qui sera sans nul doute effectué permettra la réalisation de substantielles économies, ce dont tous les Castrogontériens, par anticipation, doivent se réjouir.

Évidemment l'enchaînement a pour but d'inciter nos concitoyens à faire installer l'eau chez eux, ce qui est louable comme intention, mais hélas peu nombreux sont ceux qui en ont le moyen en cette période où la vie est si ÐÐfacile» car, dans la plupart des cas, c'est une dépense de 20 à 30.000 francs qu'il faut envisager.

Contrairement à certaines rumeurs, il n'est nullement question d'interdire aux particuliers qui possèdent des puits dans leur jardin de s'en servir.

Il est faux également de croire que la suppression des pompes publiques ne serait que la première étape d'un plan général qui aurait pour objet final de ne laisser subsister qu'une seule borne-fontaine, place de la mairie. Bien au contraire il serait fortement question de remettre en liberté les pompes municipales en spécifiant que leur eau ne peut sans danger concurrencer le marchand de vin du coin mais qu'elle est encore apte à tous autres usages, tels le blanchissage et l'arrosage.

Quoi qu'il en soit, un nouveau syndicat de mécontents est, à Château-Gontier, en voie de formation. Il comprendra tous ceux qui loin d'une borne-fontaine ne disposent pas d'eau potable chez eux.

Les conseillers municipaux se trouvant dans ce cas sont instamment priés d'envoyer d'urgence leur adhésion.

23 Janvier 1949

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