Quand, en 1854, le grenier à sel de notre ville fut~t transformé en un gigantesque théâtre m,municipal de 250 places (on voyait grand en ce temps-là), du chauffage il ne fut pas question; à cette époque, « il était permis de transporter du feu dans des vases à la condition qu'ils fussent suffisamment couverts pour ne laisser échapper aucune étincelle » (art. 83 du règlement de police de la ville).
Grâce aux chaufferettes individuelles qui ne laissaient échapper aucune étincelle, ce qui était fort heureux pour les dessous des dames élégantes, les habitués de notre scène purent en hiver supporter stoïquement la température glaciale de notre frigorifique municipal.
La mode implacable supprima ces bienfaisantes chaufferettes et le chauffage du théâtre devint chose urgente car les spectateurs ne pouvaient se résigner à faire partie plus longtemps de la célèbre famille des pieds gelés.
C'est alors qu'un calorifère à air chaud fut installé sous les planches de la scène et cette crypte d',un genre spécial, où s'entassaient bûches et fagots, devint un véritable capharnaüm. L'utilisation du calorifère était une perpétuelle menace d'incendie et en 1930 la Municipalité prudente renonça aux bons services de cet appareil frappé de décrépitude.
C'est seulement en 1946 que nos conseillers, lors d'une réunion mémorable, décidèrent, évidemment à l'unanimité, de remplacer le calorifère du XIXe siècle par un appareil du XXe. Les crédits furent immédiatement votés; ainsi, simultanément, nos édiles démontrèrent qu'ils étaient,t à l'avant-garde du progrès et que notre cité était bien la ville des réalisations hardies.
Seize années de réflexion avaient cependant été nécessaires pour l'adoption d'un tel projet qui constituait l'une des décisions les plus importantes prises par notre Assemblée Municipale depuis le début du siècle.
La célérité dans l'exécution de travaux est d'ailleurs souventes fois la cause de malfaçons.
Deux ans après en novembre 1948, des tuyaux étaient bien à pied-d'Ïuvre mais il s'agissait de ceux destinés à faire venir l'eau (potable) à la bouche de nos concitoyens.
Sans contestation possible, l'installation d'un calorifère est un problème fort compliqué. Lors de leur dernière réunion, nos édiles l'ont résolu d'une manière imprévue en refusant les quelques centaines de milliers de francs nécessaires à l' exécution des travaux indispensables pour assurer la sécurité des acteurs et spectateurs. Cependant, le 20 septembre dernier, à l'unanimité et sans discuter, ils avaient voté près de CINQ MILLIONS pour le Stade des Lavanderies.
Ce refus équivaut à la fermeture de notre théâtre municipal.
Le nouveau calorifère ne rouillera pas, car il n'a jamais été acheté. Comme au régiment, le service technique municipal a attendu le contre-ordre avant d'exécuter l'ordre.
A défaut d'un théâtre municipal, nos concitoyens disposeront encore d'un théâtre de verdure. Il est vrai que le vert symbolise l'espérance.
26 Décembre 1948