Le discours du 24e Conseiller

Françaises, Français,

Mes Chers Concitoyens

C'est en qualité de président local de l'A.D.C.Q.C.D.F.E.T., parti majoritaire en France, que je prends aujourd'hui la parole.

Permettez-moi d'abord de constater que la traditionnelle minute de silence s'avère maintenant insuffisante pour une méditation profitable, qu'il est impossible dans ce laps de temps de retourner sept fois la langue dans sa bouche, et que, dans l'intérêt supérieur de la Nation, il serait urgent de porter à une heure la durée du recueillement officiel lors des cérémonies commémoratives.

Après ce si~science prolongé la plupart des orateurs seraient vraisemblablement convaincus de l'inanité de leurs discours dont les répercussions sur l'orientation de la politique nationale sont comparables au rôle tapageur de la mouche du coche. Souvent même ces discours divisent les habitants d'une ville au lieu de les unir.

En raison des actuelles restrictions d' électricité, et pour ne point aggraver les coupures de courant dont souffre notre industrie, je n'abuserai pas du micro qui cependant est indispensable pour donner à ma voix la puissance et la gravité que le Créateur lui a refusées.

La Commémoration du glorieux armistice qui après quatre années d'une guerre meurtrière mit fin aux souffrances, aux angoisses, aux deuils, aux ruines, et consacra la victoire de nos armes à celle des principes immortels de l'Humanité n'est pas la commémoration d'un jour de deuil mais celle d'un jour de liesse. Ceux qui vécurent l' inoubliable journée du 11 novembre 1918 ont conservé le souvenir vibrant de ce délire débordant d'enthousiasme que le peuple de France connut il y a 30 ans.

1.400.000 Français avaient hélas payé de leur vie cette magnifique victoire. Le recueillement des vivants serait pour ces morts héroïques un hommage supérieur au plus noble discours. La tradition, sans pitié, veut qu'il en soit autrement.

Ceux dont les noms sont gravés dans la pierre de ce monument, ceux qui ajoutèrent au livre de la gloire des pages d'histoire écrites avec leur sang, ne sont pas morts pour un parti, ils sont morts pour la France, aussi ma brève allocution ne saurait avoir aucun caractère politique.

C'est d'ailleurs non le P.D.D.D.L.R., c'est-à-dire une faction que je représente aujourd'hui, mais l'A.D.C.Q.C.D.F.E.T., association qui comprend des membres venus de tous les horizons politiques. Le socle d'un monument funéraire n'est pas une tribune d'où il soit séant~ de disserter sur la forme opportune de gouvernement, l'usure du corps politique, et la résurrection de l'autorité. Je ne vous parlerai pas non plus de ces arrestations de fripons et d'affameurs dont la radio nous inflige chaque jour la honteuse énumération. Nos héros doivent entendre d'autres voix'!

D'ailleurs il ne faut pas sans cesse évoquer le passé pour critiquer et gémir. Il faut le considérer pour profiter de ses enseignements. Il est inutile de rappeler pour la trentième fois ce que tous ceux qui n'ont point les yeux crevés mais qui sont impuissants ont déjà constaté et savent par cÏur. Ce sont des remèdes que les malades réclament du médecin qui les soigne et non de longs et vains récits sur la maladie dont ils sont atteints.

Les Français qui peinent et souffrent, les petits rentiers et retraités qui, après une dure et honnête vie de labeur, sont condamnés à un régime alimentaire qui rappelle celui de camps tristement célèbres, demanderaient de sages et efficaces mesures, des actes et non des discours.

Aussi je mets un point final au mien en remerciant M. le Maire, MM. les Présidents des différentes associations de la ville. M. le Capitaine des Pompiers, d'avoir renoncé à toute allocution en ce jour historique du 11 novembre.

21 Novembre 1948

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