L'excellente troupe Darlho qui, il y a quelques mois, avec « Mon Oncle et Mon Curé » provoqua au Théâtre Municipal une explosion... de rire, donnait, mardi dernier, sur cette même scène, <<Le Grillon du Foyer>>, charmante comédie en trois actes tirée du conte de Charles Dickens.

Alors que d'autres salles où se prodiguent des amateurs dont il faut reconnaître les mérites, refusent des spectateurs après plusieurs séances, de nombreuses places étaient inoccupées quand le rideau se leva.

Elles le restèrent hélas.

Darlho et sa compagnie d'acteurs professionnels et les musiciens des grands concerts parisiens qui formaient l'orchestre chargé de l'interprétation de la musique de Massenet ne méritaient pas un pareil désintéressement de la part de ceux qui, nombreux en notre ville, apprécient le vrai théâtre.

Découragées par un semblable accueil et aussi par la température rigoureuse qui en hiver règne dans les loges des artistes et sur la scène, d'autres troupes, les tournées Baret en particulier, ont déjà abandonné notre théâtre ou refusé de jouer devant des fauteuils vides.

Même quand l'action se passe sur les cimes neigeuses des montagnes ou dans les régions arctiques, une température et des courants d'air glaciaux ne sont exigés ni des acteurs, ni des spectateurs.

Quoi qu'il en soit, depuis plusieurs années, le nombre des spectateurs diminue avec une inquiétante régularité. A cette cadence il n'y aura bientôt plus que les officiels dans les loges réservées au Sous-Préfet, au Maire, au Commissaire de police, au Capitaine des pompiers et dans la salle, quelques stalles seulement seront occupées par l'inspecteur de l'enregistrement, celui des indirectes, le représentant des droits d'auteur, les journalistes avec ou sans leurs épouses, l'agent de police et le pompier de service, les uns et les autres spectateurs non payants.

Il ne sera point nécessaire d'être fort en arithmétique pour compter la recette, et comme les acteurs professionnels de même que la plupart des travailleurs vivent de leur métier, ils déserteront notre scène et notre théâtre municipal connaîtra à nouveau le silence du grenier à sel qu'il était autrefois.

Les meilleurs acteurs amateurs ne pourront nous faire oublier et remplacer les vrais professionnels qui nous permettaient d'applaudir les oeuvres les plus célèbres de notre répertoire théâtral national. Ces professionnels étaient d'ailleurs leurs maîtres, leurs initiateurs.

Le prix des places très élevé en raison de leur nombre réduit, les décors défraîchis, le froid qui règne dans la salle, un calendrier mal établi qui ne tient aucun compte des autres manifestations artistiques, le mauvais souvenir laissé par certaines troupes, sont peut-être les raisons de la désaffection dont meurt aujourd'hui à petit feu notre théâtre municipal.

Il est temps de réagir pour éviter que l'irréparable ne se produise.

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