Tel est le titre de la nouvelle sensationnelle suivante publiée dans la presse locale:

« Une soucoupe volante a été vue-dans la soirée de lundi à une faible altitude par des personnes dignes de foi qui se trouvaient notamment rue de Segré. Il était 20 h. 47. La soucoupe volante allait d'est à ouest, entourée d'un énorme halo bleu et suivie d'une queue lumineuse. Les témoins n'ont perçu aucun bruit.

8 h. 47 du soir, voilà qui rappelle le célèbre train de Courteline. Évidemment cet engin atomique, fabriqué en Russie ou en Chine, pays des chinoiseries, déguisé en météore et nanti d'un silencieux perfectionné, ne pouvait être un aérolithe. C'est du moins ce qu'affirmaient ceux qui n'avaient rien vu.

Une enquête s'imposait que nous avons effectuée. Le premier témoin entendu, digne de foi comme tous les témoins en pareille circonstance, après avoir prêté serment, déclara préalablement qu'il n'avait jamais été victime d'hallucinations, puis, en levant la tête vers le ciel, affirma qu'il avait vu de ses propres y eux, vu ce qu'on appelle vu, la fameuse soucoupe. Il ne put cependant préciser si c'était du Limoges ou du Sarreguemines mais ajouta que dans la soucoupe se trouvait une tasse .

Non moins sincère, un second témoin oculaire confirma qu'il avait cru reconnaître la fameuse assiette au beurre dont il est si souvent question de nos jours et un troisième, sportif à ses moments perdus, nous confia qu'il s'agissait vraisemblablement d'un disque lancé nuitamment par le champion du monde.

Ces dépositions ne reçurent point l'agrément d'un disciple de Gassendi qui n'a pas l'habitude de prendre des vessies pour des lanternes. Avec moult justifications à l'appui, il démontra que la soucoupe était un simple aérolithe étranger à toute propagande politique, ce que nous croyons volontiers.

Vraiment la vaisselle est assez chère dans tous les pays pour ne point s'amuser avec les soucoupes ou les soupières au risque de les briser.

A une époque où malgré les efforts de l'O. N. U. les événements extérieurs ne laissent d'être inquiétants, les Français connaissent assez de difficultés matérielles pour qu'il ne soit pas nécessaire de semer dans leur esprit la panique et la confusion.

A cette histoire rocambolesque de soucoupe volante, je préfère celle ci-dessous, extraite de la rubrique <( Rapidement » d'un quotidien régional:

« Deux agressions à Saint-Maur près de Paris contre une octogénaire dans un pavillon rue Garibaldi qui portait au sommet du crâne un coup qui provoqua une hémorragie grave.

Pauvre pavillon, il a dû être bien malade !

En dernière heure nous apprenons que la brigade aérienne a pu appréhender la soucoupe volante qui proviendrait d'un magasin de vaisselle de la région.

Au cours d'une cérémonie officielle, en présence des témoins de bonne foi qui l'ont vue dans le ciel, elle sera remise au journaliste, auteur de l'information .

10 octobre 1948.

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