Un demi-siècle n'aura point Suff à nos conseillers municipaux et à leurs prédécesseurs pour s'apercevoir que les soixante bancs installés Promenades de la Résistance ont le caractère décoratif de certaines choses inutiles.

Ils sont, depuis toujours, si rarement utilisés, qu'il est permis de se demander, quand simultanément cinq personnes s'y trouvent assises, si subitement le ciel ne va pas s'obscurcir, le soleil se cacher et la pluie tomber.

A une époque où la décentralisation est à l'ordre du jour, il est étonnant de constater que tous les bancs publics, ou peut s'en faut, sont à Château-Gontier, concentrés en un lieu où précisément les promeneurs n'éprouvent nullement le besoin de suspendre leurs pas.

Solitaire, le banc de pierre installé en face de notre moderne abattoir subit un sort identique, car peu de touristes consacrent quelques instants de leurs précieux loisirs à contempler ce monument d'où s'exhale parfois en été une puanteur qui en l'esprit évoque le célèbre poème de Baudelaire: «La Charogneðð.

Cependant, quelques-uns des bancs artistement repeints par nos balayeurs municipaux ornementeraient utilement la calme place Saint-Just, site pittoresque, la platanaie centenaire du quai de 1: Lorraine et à l'orée de notre ville nos magnifiques avenues boisées, traditionnelles promenades dominicales de ceux, nombreux aujourd'hui, qui, par la force des choses, sont, dans l'art de voyager, des disciples de Jean-Jacques Rousseau.

En attendant la gare routière promise, ces bancs seraient également bien accueillis des voyageurs qui, debout près de leurs bagages ou assis sur leur valise, attendent place du Champ de Foire ou ailleurs l'arrivée d'un car.

Ceux qui au retour d'une promenade pédestre font halte et s'asseoient sur l'herbe fraîche des bermes ne peuvent s'empêcher de songer avec ironie à ces innombrables bancs éternellement inoccupés des Promenades de la Résistance qu'il serait plus pertinent d'appeler Allées, à ces innombrables bancs qui constituent peut-être une clôture originale mais qui en d'autres lieux seraient certainement plus utiles.

Fidèle à la politique touristique de notre Municipalité, à maintes reprises, le Syndicat d'initiative a convié les estivants fatigués à venir goûter la poésie, les charmes reposants de notre cité.

Dans les quartiers les plus agréables, offrir des sièges à ses invités serait faire preuve de courtoisie et se conformer aux règles de l'hospitalité française.

Nos édiles, faisant montre comme de coutume d'un esprit compréhensif, reconnaîtront le bien fondé des présentes suggestions et leur donneront certainement la suite qu'elles méritent.

3 octobre 1948.

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