La vogue dont bénéficie en notre cité la natation n'est pas une nouveau-née. Dès 1849, les bains en rivière avaient retenu la paternelle, perspicace et bienveillante attention de l'Assemblée municipale.

En ce temps-là, tout marchait à la baguette, car Martinet était maire de Château-Gontier et Dieu, préfet de la Mayenne.

La réglementation des ébats nautiques s'avérant urgente, trois articles,portant les numéros 61, 69 et 63, furent inclus dans le Règlement de police de la ville et codifièrent, alors que le maillot de bain n'était pas encore inventé, les bains pris, non chez soi dans un baquet, mais en rivière.

Il est défendu, stipulait le premier article, de « se baigner pendant le jour sans être vêtu au « moins d'une chemise ou d'un caleçon, de commettre aucune indécence pendant l'exercice du « bain, de rester nu sur le bord de la rivière ou partout ailleurs sur la voie publique.

Je ne sais si ces dispositions sont toujours en vigueur, mais de nos jours les chemises raccourcies et les caleçons transparents constitueraient un pagne vraiment insuffisant.

Quoi qu'il en soit, en dehors du bain, les indécences étaient permises et, la nuit, nus comme un plat d'argent, nus comme un mur d'église, nus comme le discours d'un académicien, nus comme Eve à son premier péché, nos concitoyens pouvaient plonger, nager, patauger dans cette rivière qui constitue l'un des principaux attraits de notre joliette cité, joyau de la verte Mayenne.

Pendant le jour, précisait le second article, il était défendu de se baigner dans l'espace compris entre la chaussée des Trois-Moulins (aujourd'hui« disparus) et la limite de l'octroi en aval . Il fallait donc attendre la nuit, ce qui en été demandait pas mal de temps.

Enfin, en vertu du dernier article, le 62, il était interdit aux pères, mères, tuteurs, instituteurs, « maîtres et supérieurs quelconques de laisser aucun de leurs enfants n'ayant pas atteint l'âge « de 16 ans ou qui ne savaient pas nager, se baigner dans la rivière s'ils n'étaient accompagnés a d'une personne majeure à laquelle ils étaient soumis pendant l'exercice du bain.

Comme généralement la personne majeure ne savait pas nager, sa présence en cas d'accident était d'une utilité incontestable !

Nos pères avaient donc tout prévu, sauf la création de bains publics qui eussent réduit au minimum les risques de noyade.

Faute de renseignements, nous ne parlerons pas de la première piscine qui, construite sur pontons, s'apparentait à l'Arche de Noé. Elle n'était pas dénuée de cachet et présentait cet avantage de pouvoir effectuer de petits voyages au cabotage, ce qui permettait comme au théâtre, de changer de décor .

Sans que le « bureau Veritas » fût consulté, la démolition de cette piscine flottante fut décidée et, malgré les objections fort justifiées de nombreuses personnes qualifiées, un bassin fut créé en 1933 au lieu dit «Les Lavanderies».

En tant qu'annexe des bains de boue de Dax, il constitua un véritable chef-d'Ïuvre, et les nombreux et onéreux dragages qui s'imposèrent quelques mois après l'inauguration, démontrèrent que la conception était vraiment vaseuse et l'endroit fort bien choisi

En 1944, l'Inspecteur départemental de la Santé publique, par mesure d' hygiène, ordonna sa fermeture définitive. Ainsi fut consacrée officiellement une erreur municipale qui prouva qu'une fois de plus (il ne s'agit pas d'une métaphore) l'argent des contribuables avait été fichu dans l'eau, ce qui est, paraît-il, assez fréquent de nos jours, quoique cela puisse sembler extraordinaire.

Aujourd'hui, cette piscine ratée est en voie de comblement et nous regrettons de ne point posséder un appareil photographique qui nous eût permis d'illustrer utilement notre texte comme le font certains grands quotidiens.

Si le 14 juillet fut, à Château-Gontier, célébré sans faste, c'est en grande pompe que l'inauguration de la troisième piscine a eu lieu le 1er août dernier, par un temps orageux qui explique peut-être certain incident entre le premier magistrat municipal et le représentant de la Fédération nationale de natation qui imprudemment avait déclaré que stades et piscines ne devaient pas être pour les villes l'occasion de spéculations commerciales sur le dos des sportifs. Peut-être à ce sujet n'est-il-pas inutile de rappeler que les thermes de la Rome antique étaient accessibles aux plébéiens les plus misérables.

L'incident n'eut heureusement aucune suite fâcheuse. Une légère et lénitive ondée, en fin d'après-midi, consacra le caractère aquatique de la manifestation et ramena le calme.

Le lendemain, dans les comptes rendus de la presse (les fleurs que distribuent généreusement certains journalistes ne coûtent pas cher), il fut surtout question en termes flatteurs des organisateurs et très peu des champions qui cependant furent les vrais héros de cette journée.

Château-Gontier, a écrit l'un de mes sympathiques confrères, est la ville des réalisations hardies: c'est, en effet, en 1938 que l'éclairage public électrique fut remplacé par des becs de gaz d'occasion et en août 1948 qu'ont été terminés les travaux d'adduction d'eau potable.

Que notre cité dispose enfin d'une magnifique piscine est chose normale au xx' siècle. Puisse la vase ne point venir troubler ses eaux.

Août 1948.

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