Château-Gontier qui par ses affinités politiques s'apparente à certaine banlieue ouvrière de la capitale, a célébré dimanche dernier avec éclat, non la fête des « maires », mais le centenaire de la Révolution de 1848.

Pour la première fois depuis moult lustres (le fait mériterait d'être gravé en lettres d'or sur une plaque de marbre de Carrare), I' horaire des différentes manifestations prévues fut scrupuleusement respecté.

C'est par le rassemblement, non des gauches, mais de quelques dizaines de Castrogontériens que commença, à 10 h15, place Paul-Doumer, l'imposante cérémonie.

En un quart d'heure à peine, le cortège se rendit à pied au ÐÐBout du Monde » où devait s'effectuer en grande pompe la plantation de l'Arbre de la Liberté, en l'espèce un peuplier d'Italie. Le choix de cette essence ne pouvait en la circonstance être plus heureux.

C'est alors (il était exactement 10 h. 30) que M. le Maire, dans une allocution fort documentée, évoqua les historiques journées que vécurent en 1848 les Castrogontériens. Il retraça la profonde stupéfaction de nos feus concitoyens qui n'attendaient ni ne souhaitaient la République. Frappé d'étourdissement, dans un élan unanime et imprévu tout Château-Gontier se rallia au nouveau régime.

Au discours, succéda la plantation, qui ne donna lieu à aucun incident, car elle avait été effectuée quelques jours plus tôt par des spécialistes.

Pour la circonstance, le buste du poète Charles Loyson, déporté en Allemagne pendant l'occupation, avait été remplacé par un haut-parleur,

Dans un geste symbolique, les personnalités, l'une après l'autre, jetèrent au pied de l'arbre la traditionnelle pelletée de terre, démontrant ainsi aux quelques électeurs présents que le maniement des instruments aratoires n'était pas pour eux chose inconnue. Les conseillères cependant manifestèrent un embarras de bon aloi quand elles eurent le manche dans les mains.

L'aspect chétif de l'Arbre de la Liberté dont les « fruits » magnifiques mûrissent avec tant de difficultés sous notre ciel ne laisse d'inquiéter bon nombre de nos concitoyens qui se demandent si la cime atteindra bien un jour les 35 mètres prévus ! !

Le discours du président Auriol fût écouté tête nue par une foule attentive qui en apprécia l'indiscutable grandeur; aussi fut-il applaudi chaleureusement par trois ou quatre personnes. Mais au moment même ou l'Union musicale allait jouer notre hymne national, à la grande stupéfaction des musiciens qui se demandèrent pourquoi ils étaient là, la Marseillaise ailée sortit du haut-parleur installé à la fenêtre de la maison commune. La baguette du chef déjà levée retomba désappointée.

L'arrosage, dernier épisode de la cérémonie, eut lieu à l'hôtel de ville où un excellent vin d'honneur fut offert à tous ceux qui avaient participé ou assisté à la fictive plantation.

La cravate tricolore d'un assistant fut particulièrement remarquée.

Un toast fut porté à la République. Même ceux qui la combattent, en ce jour historique levèrent leur verre à sa santé.

Mai 1948.

suite