Le P. C. du colonel.

Même dans la vitrine de son bar-tabac, le colonel était aux honneurs, et la photographie de notre officier supérieur en tenue d'apparat s'offrait aux regards admiratifs des passants entre les portraits des généraux De Gaulle et KÏnig.

Il y avait également dans cette vitrine des articles de pêche, en particulier un hameçon doré auquel beaucoup de nos concitoyens se sont laissé prendre.

Vraiment notre colonel était un humoriste. Lorsque figé dans un garde à vous impeccable, il assurait au pied du Monument aux morts la veillée funèbre, peut-être essayait-il de reconnaître le Poilu inconnu.

La remise du drapeau. `

Quand, au début de 1947, il fut question de remettre un drapeau aux anciens combattants et prisonniers de guerre d'une petite commune rurale des environs de Château-Gontier, forte de quelques centaines d'âmes, les organisateurs jugèrent qu'il était inadmissible de faire appel à un ancien capitaine de réserve quand on avait sous la main un officier supérieur.

C'est ainsi que les anciens combattants et prisonniers de guerre de Saint-Fort, en présence du Maire, reçurent leur fanion des mains d'un deuxième classe en civil. Il n'avait pas eu le temps, ce jour-là, de demander au général commandant la région l'autorisation de revêtir son uniforme de colonel.

Le respect du protocole.

Interrogé sur son absence lors d'une cérémonie patriotique, notre colonel précisa qu'il acceptait seulement les invitations officielles et qu'il ne permettait pas qu'on le traitât par dessus la jambe.

Notre cinq galons, quoique n'étant pas officier de cavalerie, était vraiment à cheval sur les principes .

L'ultime visite du colonel.

Pour la dernière fois le 13 février 1948, le colonel fut l'hôte de notre ville. Dans une confortable automobile conduite par un chauffeur, il arriva, revêtu de son rutilant uniforme, chamarré de toutes les décorations qui ne lui avaient jamais été décernées.

« L'inspecteur des dépôts de munitions de la région de Stuttgart », sur le point de partir en Indochine, malgré ses soixante ans, honora d'une visite de courtoisie l'un de nos sous-officiers de gendarmerie flatté.

Un tour d'horizon sur le plan local lui permit de constater que ça ne marchait pas très bien et de conclure que vraiment à Château-Gontier, il s'en perdait des coups de pied dans le ... (prière au lecteur d'ajouter la 17e lettre de l'alphabet). Nous ne sommes d'ailleurs pas d'accord avec le colonel d'artillerie sur l'objectif.

La Grande-Rue qu'illustra le colonel Lefeuvre changera-t-elle de nom ? Peut-être son buste remplacera-t-il le Sphinx ?

Mars 1948.

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