Si à Château-Gontier le second anniversaire de la Libération fut commémoré, le matin par une distribution de morue et le soir par un concert au kiosque, c'est par la plantation solennelle de l'Arbre de la Liberté et par un disque que sera célébré le centenaire de la Révolution de 1848.
Il ne pouvait en être autrement dans notre Cité où, parmi les nombreuses préoccupations municipales, plantations et abattages ont une place d'honneur, ce qui ne saurait être critiqué, car une ville dont boulevards et avenues seraient dépourvus d'arbres manquerait de verdure et aurait ainsi l'aspect de quelque crâne chauve.
Aussi dernièrement ce fut sans étonnement mais avec satisfaction que nos concitoyens apprirent que la prolongation de la plantation de tilleuls du quai de l'Hôpital était à l'ordre du jour du Conseil municipal.
Le jour venu, sous l' Ļil impassible de ceux aujourd'hui disparus qui administrèrent notre ville et qui maintenant accrochés à la muraille assistent dans de magnifiques cadres dorés aux délibérations, c'est, chose extraordinaire, du quai de Lorraine et non de celui de l'hôpital qu'il fut question.
Cette erreur n'est certainement pas imputable à l'obscurité, car les quais sont actuellement fort bien éclairés et il est impossible de les confondre.
La discussion fut néanmoins fort animée. Les conseillers qui, il y a quelques mois, s'étaient vigoureusement opposés à l' abattage des platanes centenaires furent les premiers à demander que tombassent sans délai sous la hache du bûcheron les trente rescapés dont l'administration des Ponts et Chaussées, vraisemblablement par esprit de conciliation, avait accepté de différer l'exécution.
Certains conseillers discutèrent même l'opportunité d'une nouvelle plantation. Cependant quelques mois plus tôt ils l'avaient exigée pour consentir, avec tristesse, à la disparition de nos vieux platanes .
A Château-Gontier, la cérémonie du 22 février ne constituera pas une innovation. Déjà en 1918, promenades de la Résistance, un sapin fut planté en grande pompe. Une grille de fer devait l'entourer, une plaque immortaliser dans le marbre la date du 11 novembre 1918. De cela évidemment rien ne fut fait et aujourd'hui peu de Castrogontériens connaissent l'histoire de ce sapin délaissé, oublié .
Quoi qu'il en soit, espérons, contribuables épuisés, que l'Arbre de la Liberté sera un tilleul argenté dont les feuilles ne ressembleront pas à celles du Percepteur et que bientôt, s'inspirant du noble exemple de notre joliette cité angevine, notre gouvernement prendra l'arrêté suivant:
ÐÐLes Ministres de la Reconstruction et de l'Agriculture considérant l'urgence du reboisement de notre pays, vu la pénurie des matériaux nécessaires à la reconstruction des maisons et usines sinistrées « décrètent:
« La Commémoration de la Liberté, de l' Égalité, de la Fraternité et des événements historiques sera dorénavant célébrée par la plantation solennelle d'un arbre.ðð
« Toute érection de monument est provisoirement« ment interdite ».
Février 1948.