Quoique à cette époque il n'existât ni Comité de la hache, ni Comité de la guillotine, par mesure d'économie le tribunal de Château-Gontier fut supprimé en 1926, comme tous les tribunaux de sous-préfectures.

Il n'y eut plus dans la Mayenne qu'un tribunal départemental, où furent transportés les archives, et le rayonnage qui contribua l'hiver suivant à maintenir une douce température à l'intérieur du temple de Thémis.

La bibliothèque, contenant des volumes de valeur, fut également « déportéeðð et déchargée à la fourche dans les caves du Palais, vraisemblablement en prévision des bombardements de 1944.

La prison sous le vent des économies, fut transformée en propriété privée et ses pensionnaires se virent offrir un gîte à l'hôtel lavallois de la Cacaudière .

Pendant quatre longues années, le président, les membres du Barreau et les témoins furent les usagers les plus fidèles du chemin de fer qui, en ce temps-là, reliait Laval à Château-Gontier.

Devant les magnifiques résultats obtenus et les importantes économies irréalisées (les frais payés aux témoins atteignaient des sommes dix fois supérieures à celles qu'eût nécessité leur comparution devant le tribunal supprimé), en octobre 1930 le tribunal de notre ville fut rétabli.

De la prison il ne fut pas question, et si magistrats et avocats n'eurent plus à voyager, gendarmes et prévenus devinrent les habitués, d'abord de la voiture cellulaire, puis plus tard du train qui, pour les amener de Laval à Château-Gontier, les faisait passer par Le Mans et Sablé-sur-Sarthe. Il est vrai que tous les chemins mènent à Rome.

La bibliothèque qui avait connu l'exil revint aussi à Château-Gontier, mais au cours de son séjour dans la cité du célèbre chirurgien Ambroise Paré, elle avait subi de nombreuses amputations.

Tel est le bilan d'une expérience malheureuse qu'il n'est peut-être pas inutile de rappeler aujourd'hui.

Les enseignements du passé ne doivent pas être stériles. Il faut se souvenir, non pour gémir, mais pour ne point renouveler de regrettables et coûteuses erreurs.

Décembre 1947.

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