Depuis le 18 juin 1849, la divagation de la gent canine est interdite dans nos rues, ce dont, chose extraordinaire, personne ne s'est jamais aperçu.
Cette anomalie s'explique cependant facilement car les chiens de notre cité n'étant point des chiens savants ne tiennent aucun compte de la fréquente publication de cet édit dans les journaux, leurs propriétaires non plus, parce que de nos jours il est normal de prendre connaissance d'un arrêté uniquement pour ne point l'observer.
Dernièrement, nos agents, qui possèdent de réelles qualités d'amateurs de cross cyclo-pédestre, se mirent en campagne, cordes en main, afin que fussent enfin respectées les sages prescriptions vieilles de 98 ans de feu le premier magistrat municipal, Pierre Martinet, dont la rue était le lieu de fréquentes infractions du genre susmentionné.
Hélas ! à l'image de la compagnie de pompiers de Tancoville dont l'effectif était de sept officiers et d'un sapeur, notre police municipale se compose d'un commissaire, d'un brigadier et seulement de deux agents.
Pour capturer des centaines de chiens errants, deux agents, deux agents qui ont d'ailleurs d'autres chats à fouetter, voilà qui constitue une téméraire entreprise vouée à un échec certain.
Aussi en attendant le gaucho spécialiste du lasso, ou la sage et compréhensive coopération des concitoyens coupables, notre ville, comme Constantinople, est-elle toujours la cité des chiens errants, des chiens souvent sans pudeur, des chiens qui renversent les poubelles, des chiens maudits des cyclistes et des automobilistes.
Puisse ce déplorable état de choses cesser bientôt, grâce surtout à la collaboration volontaire des délinquants .
Novembre 1947