Parmi les villes de France et de Navarre, Château Gontier est, avec Clochemerle, de celles qui perpétuent avec le plus d'originalité et d'odeur le souvenir de l'empereur Vespasien.

Quoique sa population comprenne seulement six mille âmes, dix-neuf édicules datant du siècle passé s'élèvent encore aujourd'hui dans les rues principales et sur les places. Le champ de foire à lui seul en compte cinq, et cette multiplicité évoque en notre esprit le projet d'urbanisme du fantaisiste Ferdinand Loppe, candidat perpétuel et malheureux à la Présidence de la République, qui voulait prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer et doter cette magnifique avenue d'une vespasienne tous les 50 mètres.

L'abondance de biens en ce monde ne nuit jamais et, malgré leur nombre, les urinoirs ne seraient pas sujets à la critique si leur conception n'était pas trop rudimentaire et leur malpropreté ne dépassait les bornes.

De celui de la Trinité, il ne reste que des vestiges. Rue Manoir et Place Quinefault, les ardoises brisées menacent ruine. Avenue Foch, elles sont

puantes et sèches comme les sables du Sahara. Près de l'Abattoir, le liquide excrémentiel dilué se répand sur le trottoir et à la terrasse du café voisin, c'est de justesse que les clients échappent à un bain de pied non commandé.

Malheureusement, comme le service municipal intéressé pourra facilement le constater, il ne s'agit pas là de regrettables exceptions.

Le sort des platanes du quai de Lorraine étant maintenant règle, peut être nos conseillers pourront-ils se pencher avec bienveillance sur nos vespasiennes ou du moins sur le problème d'hygiène qu'elles posent, et le résoudre en songeant que dans les rues il n'y a pas-que des hommes, mais également des femmes qui, depuis 1945, sont des électrices.

Juin 1947.

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