Il ne s'agit pas d'un match de foot-ball, mais d'une collision qui s'est produite le vendredi 21 février, à 8h20.

Le constat d'huissier n'indique pas les secondes et ne dit pas si, à cette heure matinale, le chauffeur de la voiture militaire, un soldat de première classe, était ou non à moitié endormi.

Depuis l'avant-veille la T. O. A. 103.134, Citroën 15 CV, 6 cylindres, parcourait rapide et vrombissante, en tout sens, les rues de notre cité. Château-Gontier avait ainsi un petit air de ville de garnison sans en avoir la chanson, car à la fin du 20e siècle, quand il fut question de construire une caserne (il ne s'agit pas de celle des pompiers), nos conseillers municipaux, soucieux de leur féminine progéniture, opposèrent à ce projet un veto formel.

En temps utile, ils s'étaient rappelé les catastrophes sentimentales que peuvent provoquer les prestigieux uniformes et, si l'on en croit un historiographe amateur doublé d'un ironiste. il fut même question à cette époque de supprimer celui du garde-champêtre.

La température du nord de notre département donnant plus de garanties, la troupe s'installa à Mayenne, et c?est ainsi que notre commerce local fut privé d'un élément qui eût singulièrement contribué à son développement et à sa prospérité.

Quoi qu'il en soit, le 21 février, à 8 h. 20, la T. O. A. 103.134, vraisemblablement en mission, se dirigeait vers Y***, venant de X***. Vu le caractère secret du voyage, nous nous contenterons des deux lettres généralement employées en algèbre pour désigner deux petits bourgs de la banlieue castrogontérienne. Au carrefour de Villeneuve, le chauffeur du bolide, tardivement peut-être, jugea prudent de ralentir.

La prudence ici-bas n'est pas toujours récompensée: la voiture dérapa vers la gauche, manifestant ainsi ouvertement ses opinions politiques et vint heurter une automobile postale dont le seul tort était de se trouver là, au jour J et à l'heure H.

Dans le choc, la voiture militaire subit des dégâts matériels en rapport avec- le grade de I' officier supérieur transporté, un colonel nanti d'une particule, mais la gendarmerie ne fut point appelée à dresser un procès-verbal de constat comme cependant le règlement l'exige en pareil cas.

Les contribuables n'ignorent pas le vieil adage qui dit que a Noblesse oblige », mais ils seraient néanmoins heureux de savoir qui, en la circonstance, paiera les pots cassés.

Mars 1947.

suite