Jadis elle s'appelaient ÐÐPromenades des Platanes», vraisemblablement parce que; les arbres les ombrageant sont surtout des tilleuls, ce qui dénote chez les édiles qui les baptisèrent ainsi, sinon beaucoup d'imagination, du moins un sens certain d'observation et de non moins certaines connaissances d'arboriculture.

D'autres platanaies, le quai de Lorraine en particulier, faillirent subir cette même appellation contrôlée qui, tôt ou tard, eût inévitablement posé un problème baptismal lors de l' abattage des arbres.

Vint, après la drôle de guerre, cette époque où la plupart des nouveau-nés du sexe fort arrivaient au monde avec le prénom de Philippe. C'est alors que le Conseil municipal décida, à l'unanimité, dans sa séance du 15 février 1941, que le Maréchal remplacerait les Platanes et nos promenades devinrent celles du Maréchal, quoiqu'il n'y mît jamais les pieds.

Qu'en pensa le sapin de la Victoire, planté en grande pompe pour commémorer 1918, ce sapin symbole vivant d'une épopée, ce sapin qu'une grille de fer devait entourer et n'entoura jamais ?

Oublié, délaissé, il frissonna certainement aux accents de notre Marseillaise victorieuse quand à la Libération nos promenades reçurent le nom de la Résistance, ce nom qui perpétuera le sacrifice héroïque de nos soldats sans uniforme, de ceux qui n'acceptèrent jamais la défaite, qui dans les jours les plus sombres eurent toujours foi dans l'immortalité de la France.

Ces promenades constitueraient au cÏur de notre ville une agréable oasis sans la proximité d'infects caniveaux.

Soixante bancs y furent installés au début du siècle, mais ceux qui se trouvent dans la partie sud ne sont jamais utilisés, car, loin du kiosque, ils font face non à la distrayante et passante avenue Carnot mais à des murs dénués d'intérêt, indignes de regards admiratifs, et les promeneurs fatigués qui s'y reposent ont l'impression, comme dans leur enfance, d'avoir été mis en pénitence.

Ces bancs sur lesquels la population entière d'un bourg trouverait place sont rarement occupés, si ce n'est quelques heures par an à l'occasion d'un concert en l'honneur du 14 juillet ou du 6 Août Ces bancs vétustes sont d'ailleurs, faute d'entretien, dans un état lamentable. Ne vaudrait-il pas mieux en supprimer la moitié et mieux entretenir les autres, car il est dangereux de s'asseoir sur des planches pourries ?

Installés sur les bermes des routes d'Angers, de Sablé et de Laval, à la sortie de la ville, quelques-uns des bancs supprimés seraient fort bien accueillis par les promeneurs dont la seule distraction, en été, le dimanche, est de goûter pédestrement le charme romantique des avenues boisées.

Puisse cette suggestion retenir la bienveillante et compréhensive attention des Conseillers municipaux dépourvus d'automobile, et même celle des autres.

Mars 1947.

 

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