Le problème de la lutte contre le feu ne peut malheureusement être résolu par un arrêté municipal qui interdirait les incendies, surtout dans les quartiers éloignés de la rivière et privés d'eau.

Rien d'ailleurs ne serait changé, car a Château-Gontier les arrêtés sont rarement appliqués.

Longtemps notre cité disposa seulement de l'antique et légendaire pompe à bras digne d'un décor d'opérette. Le scénario était d`ailleurs toujours le même: en présence des autorités accourues en toute hâte, du maire et de quelques conseillers en particulier venus constater, inutilement d'ailleurs, le courage des pompiers, l'impuissance d'un matériel désuet et l'inanité des mesures prises par l'assemblée municipale, le feu dévorait tout et cessait seulement lorsqu'il n'y avait plus rien à brûler.

De tout temps, que ce soit à Paris ou a New-York, les incendies ont toujours donné lieu dans la presse à des critiques violentes, souvent injustifiées. Mais dans les annales de notre cité, le 23 janvier 1947 restera une date mémorable, car c'est la première fois que le feu s'étant déclaré dans un immeuble, l'immeuble n'a pas été complètement détruit. Aussi jugeons-nous immérités les commentaires de certains de nos concitoyens, disciples des célèbres stratèges du Café du Commerce, vraisemblablement échauffés par le brasier.

Évidemment l'intervention eût été plus rapide si l'auto-pompe avait été amenée la veille sur les lieux du sinistre et si les pompiers avaient couché dans la salle d'attente de la gare.

Hélas ! il est difficile de tout prévoir et les passifs mais éloquents spectateurs dont la vocation de capitaine de pompiers naquit en regardant, les mains dans les poches, les flammes, n'auraient certainement pas fait mieux.

La critique est aisée, mais l'art est difficile.

Février 1947.

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