Que penseriez-vous, chers lecteurs, d'un ami qui, au cÏur d'un hiver rigoureux, pour se distraire, vous inviterait à passer une soirée dans une pièce sans feu, dont la température serait de plusieurs degrés au-dessous de zéro.

C'est, à quelque chose près, l'accueil réservé, la veille de Noël, à l`excellente et sympathique troupe des Tournées Baret qui sur notre scène devait jouer Rebecca.

Après avoir constaté, évidemment en frissonnant, que notre théâtre municipal était un authentique frigorifique et surtout que leurs loges étaient pourvues du plus rudimentaire appareil de chauffage, actrices et acteurs, faisant preuve de sagesse et soucieux de leur santé et de celle des spectateurs, renoncèrent à paraître sur notre scène balayée par de glacials courants d'air.

La plaisanterie n'eut certes pas manqué de saveur si, fidèle au texte, la nouvelle châtelaine de Manderley, la timide Madame de Winter, se fût écrié : «Mon Dieu, qu'il fait chaud ici !»

Vraiment, mettre des loges plus froides que les glacières des boucheries à la disposition d'artistes qui viennent pour vous faire passer quelques heures agréables, leur demander de s'y dévêtir, au risque d'attraper quelque fatal refroidissement, est une dangereuse invite.

La traditionnelle hospitalité française exige qu'il soit remédié sans délai à cet inconfortable et regrettable état de choses. Il faut qu'en hiver, à l'intérieur de notre théâtre municipal, acteurs et spectateurs cessent d'être pendant trois heures soumis à la pénible épreuve, non du feu, mais du froid.

Le problème du chauffage doit être rapidement résolu si nous ne voulons que notre scène soit désertée par les meilleures troupes, déjà refroidies par les dimensions lilliputiennes de notre théâtre.

Janvier 1947.

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