En 1946, notre ville, quoique traversée par une rivière, ne possède pas encore de piscine car peut-on baptiser~ ~ainsi cette annexe des ~bains de boue de Dax fermée prudemment par mesure d'hygiène depuis bien,tôt deux ans et qui n'immortalisera certainement~ pas ceux qui l'ont conçue à moins que nos édiles ne décident de créer un élevage municipal de canards.

C'est en 1933 que les travaux furent exécutés. Je ne sais si le projet fut préalablement exposé dans le hall de l'Hôtel de Ville, mais la plupart de nos concitoyens faisant preuve de bon sens et d'observation prédirent alors l'envasement qui se produisit,t dès l'hiver suivant. Hélas, ils ne furent pas écoutés, comme de coutume, au grand regret des contribuables qui, une fois encore, firent les frais de cette lamentable réalisation.

Peut-être est-il cruel, mais non sans intérêt de rappeler qu'à cette époque, un magnifique projet fut proposé par l'architecte D.P.L.G. qui conçut la splendide piscine de Sablé et qui alors était vice-président du Club Nautique,. Ce projet qui eût satisfait les plus difficiles fut repoussé comme chose pestilentielle et aujourd'hui ceux qui ne savent pas nager en sont réduits à se baigner au bout d'une corde ou à se laver dans une cuvette car les baignoires constituent dans notre ville de véritables et luxueuses curiosités.

Certes, si tous les Castrogontériens pouvaient, pendant la période estivale s'offrir des vacances à La Bourboule ou au bord de la mer, il n'y aurait que demi mal, mais ceux qui restent sont beaucoup plus nombreux que ceux qui partent.

Combien pratique et distrayante serait pour ceux qui ne peuvent se prélasser sur les sables dorés des plages, une piscine bien aménagée, reflet de l'inaccessible station balnéaire.

Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne la sécurité de ses administrés, la Municipalité a trouvé une solution élégante qui apparemment dégage sa responsabilité: un arrêté interdit en effet les bains en rivière dans la traversée de la ville. Ainsi, si quelque Castrogontérien exceptionnellement respecte cet arrêté et se noie, ce ne sera pas sur le territoire de la commune ce qui, dans l'esprit de nos édiles, semble beaucoup moins grave.

Ce même arrêté précise que les bains sont autorisés seulement dans le bassin du Club Nautique; il eût fallu ajouter pour être complet: moyennant un droit d'entrée de 100 francs qui, il faut le reconnaître loyalement ,n'a rien d'exagéré étant inférieur au tarif pratiqué par d'autres clubs de la région. Ce bassin ne diffère pas d'ailleurs de la pleine eau et n'est accessible qu'aux nageurs, malgré la présence d'un moniteur qui constitue cependant une garantie, de sécurité. Rien n'est donc changé en ce qui concerne les néophytes. Et puis nous ne pouvons admettre sans réserves un arrêté pris uniquement au bénéfice d'une Société, même très sympathique, qui a contribué au développement des sports nautiques. Ce dictât nous rappelle un peu trop les fameuses ordonnances allemandes signées Stupnagel ou Colonel Berg, Felkommandant de Laval, et nous font craindre qu'un jour tous les Castrogontériens ne soient obligés officiellement, faute d'un lavoir municipal, de faire laver leur linge par quelque madame Durand.

Certes des solutions provisoires peuvent être envisagées, mais toutes présentent de sérieux inconvénients. Seule la création d'une véritable piscine, conçue suivant un plan bien étudié, mettra fin au danger que courent les enfants et les baigneurs imprudents et fera disparaître certains camps de nudisme où se déroulent parfois de véritables saturnales.

4 Août 1946

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