Certes, en matière d'éclairage public, notre municipalité a réalisé un chef-d'Ïuvre d'obscurité et mérite d'être admise dans la glorieuse phalange des précurseurs, car des 1938 elle réussit à plonger nos rues dans une telle nuit qu'il est aujourd'hui difficile, sinon impossible de voir, le soir, si un piéton appartient à la race blanche ou à la race noire.

Aucune réunion extraordinaire du Conseil municipal ne s'avéra donc nécessaire quand dernièrement se posa le problème des restrictions d'électricité, les 500 lampes qui doivent transformer notre cité en ville lumière et s ajouter aux quinze existant, appartenant encore au domaine merveilleux des projets irréalisés. -

Dans l'ombre, les ombres circulent sur la chaussée, car les trottoirs font preuve, à Château-Gontier, d'une inimaginable fantaisie. Ils surgissent du sol, hérissés de pavés proéminents, zigzaguent, disparaissent soudain et les bordures présentent parfois une telle inclinaison que seuls les équilibristes professionnels pourraient les utiliser sans risquer une chute fatale.

C'est dans ces conditions que, dans la soirée historique du 24 novembre, quelques centaines de nos concitoyens gagnèrent a tâtons l'hôtel de ville où avait lieu le dépouillement du scrutin cantonal.

Dans la salle des fêtes, malgré la pénurie de charbon et le climat automnal, le chauffage central fonctionnait intensivement sans doute pour maintenir les électeurs a une température de circonstance.

Dehors c'était la nuit, la nuit totale, mais dans la salle trente-huit ampoules électriques projetaient une vive clarté dans le cerveau des électeurs et cette débauche de lumière rendait plus cruelles les incommodes restrictions imposées aux administrés d'une cité qui, dans le domaine de l'hygiène et de l'urbanisme, n'est sûrement pas la première ville de France et de Navarre.

Espérons qu'il sera remédié à cet état de choses avant la fin du présent siècle et que nos édiles ne mettront pas 54 années pour rétablir l'éclairage public électrique de nos rues.

Décembre 1946

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