Depuis 1941, le stade des Lavanderies est en cours d'aménagement et il nous est loisible d'affirmer aujourd'hui que notre Municipalité a dans ce domaine battu tous les records français et internationaux.

Certains sportifs se demandent même si les prochains Jeux Olympiques n'auront pas lieu à Château-Gontier, car les travaux entrepris sont dignes par leur ampleur de quelque capitale européenne exception faite d'Andorre.

Avant la parution de l' arrêté du 25 octobre 1946, les contribuables profitant du repos dominical pouvaient, en visitant le futur stade, constater de visu l'utile emploi fait de leurs centimes additionnels. Qui, sain de corps et d'esprit, oserait contester que l'eau potable, l'éclairage public, l'édification de cités ouvrières en remplacement des nombreux taudis et la reconstruction des six maisons sinistrées encore en ruines ne sont pas, à Château.Gontier, choses plus urgentes qu'un terrain de sports conçu suivant les directives de l'ex-commissaire aux sports de Vichy Borotra ?

Qui oserait l'affirmer quand de nombreuses municipalités ont reconnu qu'il était préférable de créer, non un terrain scolaire unique qui, évidemment, se trouve fatalement éloigné de certaines écoles, mais des plateaux d'évolution à proximité des troupes les plus importants.

Quoi qu'il en soit, l'accès au futur stade est aujourd'hui interdit à toute personne non munie d'une autorisation municipale: un passeport est exigé comme pour les pays étrangers. Si les demandes affluaient, quel surcroît de travail pour nos employés municipaux !

L'arrêté, considérant que des vols et des déprédations ont été commis, stipule de plus qu'il est défendu aux enfants et aux jeunes gens de jouer sur ce terrain s'ils ne sont accompagnés d'un professeur ou d'un directeur de Société qui doit les empêcher, divertissement extra-sportif, de démolir la butte de sable qui sépare au sud et a l'est le terrain des Lavanderies de la propriété voisine.

Respectueusement nous nous permettons de faire remarquer à M. le Maire qu'une clôture serait certainement plus efficace que l'arrêté.

Quant à l'utilisation des agrès par les élèves en l'absence de leurs professeurs ou par les spectateurs en tenue de ville pendant les matches de foot-ball, nous ne pouvons (un accident est si vite arrivé) qu'approuver les prévoyantes et maternelles dispositions de notre maire, mais nous craignons que leur application ne nécessite un renforcement de nos forces policières municipales.

J'ignore si quelque audacieux voleur a tenté nuitamment de s'emparer du portique ou des barres d'équilibre installés sur ce terrain de sports dont la clé ressemble étrangement a celle légendaire du champ de manÏuvre, mais il est évident que si une clôture peut remplacer un arrêté quand il s'agit de protéger une butte de sable, un arrêté ne saurait remplacer une clôture quand il s'agit de préserver du vol des terrains de basket, de volley-ball et de tennis encore inexistants.

Cet arrêté a cependant été l'occasion d'un magnifique exemple de célérité. A peine était-il publié dans la presse pour ampliation, que trois pancartes fichées en terre en rappelaient les dispositions essentielles: défense de pénétrer sur le terrain et de démolir la butte. L'avenir de notre cité dépend sans doute du respect de ce double diktat.

Cette rapidité dans l'application d'un arrêté est d'autant plus remarquable que les panneaux concernant cet autre arrêté du 8 décembre 1938 réglementant en principe la circulation des véhicules automobiles dans la traversée de notre ville ne sont pas encore, en 1946, apposés.

Il est vrai que notre Municipalité n'a eu que huit années pour effectuer ce titanesque travail, qui nécessitait quelques planches et quelques journées de charpentier et de peintre. En attendant, nos rues sont parfois de véritables et dangereux autodromes.

Enfin, et cela semble être pour nos édiles le principal, le terrain des sports est maintenant un sanctuaire interdit. Mais comme généralement en France le dernier ou l'avant-dernier article d'un règlement modifie, quand il ne les annule pas, les précédents, il vous reste, mes chers Concitoyens, un moyen de pénétrer sans autorisation municipale sur le terrain sacré: Conformez-vous à l'article 3 de l'arrêté du 25 octobre 1946, utilisez le séchoir du bateau-lavoir seul survivant d'une utile flottille aujourd'hui disparue.

Excusez-moi, M. le Maire, d'avoir, sans la permission municipale prescrite, effectué par la pensée une petite promenade sur le futur stade des Lavanderies; le sol était boueux, les flaques d'eau nombreuses, mais je n'ai eu besoin de retrousser ni mes manches, ni le bas de mon pantalon.

Décembre 1946

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