Notre joliette cité, joyau de la verte Mayenne, parmi ses nombreux titres de gloire, peut s' enorgueillir de posséder 255 becs de gaz, dont la plupart furent installés en 1938 en remplacement ÐÐd'archaïques» lampes électriques.
Si l'ingratitude n'était ici-bas chose humaine et monnaie courante, le promoteur de ce projet eût dû recevoir d'office le titre honoris causa de membre de la Société archéologique de la République d'Andorre.
Quoique les statistiques soient souvent fausses, elles jouent néanmoins un rôle prépondérant dans tous les problèmes économiques et sociaux et il ne me paraît pas sans intérêt de constater que notre ville dispose en principe d'un réverbère pour 24 habitants. Ceci ne veut pas dire que de toutes les villes de France et de Navarre la notre soit la mieux éclairée, car, depuis 1939, ces 255 lampadaires jouent dans la lutte contre l'obscurité un rôle vraiment effacé et nous font songer de cette célèbre et amusante histoire de la lanterne de
Falaise que son spirituel et narquois propriétaire avait oublié d'allumer.
Sans entretien depuis bientôt deux lustres, ils sont, ces pauvres réverbères démantelés, dans un tel état que ce serait pure folie que d'envisager aujourd'hui de les remettre en service: les dépenses ne seraient certainement pas en rapport avec les lumineux résultats susceptible d'être obtenus.
Mais en attendant que la lumière soit, j'entends la lumière électrique, est-il vraiment nécessaire, alors que notre pays a besoin de fonte et de plomb, de conserver ces inutiles et peu décoratifs becs de gaz, reliques d'une époque passée ?
Ils donnent aux touristes une idée vraiment inexacte des efforts tentés par notre ville dans le domaine de l'urbanisme.
Puisse la défense passive ne plus être bientôt qu'un désagréable souvenir et l'éclairage de nos rues ne plus avoir rien a envier à celui des petits bourgs voisins.
Juin 1946