Constatant en septembre 1940 la carence de la Municipalité qui, fidèle au passé, se désintéresse des facilités mises à sa disposition par le gouvernement de Vichy pour la création d'un terrain de sports, M . Huger, mandaté par l' Union sportive, dont il est le secrétaire, demande à un ami, M. Oger, journaliste à l'hebdomadaire l'Auto, de le mettre en rapport avec le délégué à l'équipement sportif.

Faisant preuve d'un solide bon sens et soucieux des deniers publics, les dirigeants de l'U. S. (Club athlétique et Villebois-Mareuil) choisissent un terrain plan horizontal, la prairie du Réau, dont l'aménagement ne nécessitera que peu de terrassements .

L'Union sportive rédige alors une demande au Ministère, fait établir par un conseiller municipal particulièrement qualifié en la matière un devis qui s'élève à 500.000 francs et délègue à Paris M. Vesnieres, membre du bureau.

Après examen du projet, le Commissaire général à l' Éducation générale et aux Sports, qui trouve le terrain magnifique, suggère qu'il serait dommage de ne pas en tirer un meilleur parti.

Le 20 janvier 1941, il écrit textuellement au secrétaire de l'U. S.,

« Monsieur le Secrétaire général, au cours de la visite que m'a faite M. Vesnieres, votre représentant, il m'a remis un avant-projet d'aménagement du- Stade municipal de Château-Gontier comportant un terrain de football ceinturé d'une piste de 400 mètres, un terrain de basket, deux courts de tennis et un bâtiment pour les vestiaires.

Il serait intéressant de trouver sur le vaste terrain dont vous disposez un ensemble permettant l'éducation physique à la fois des scolaires et des jeunes gens. Dans ce but, j'ai fait étudier par nos services un schéma des réalisations que vous pourriez envisager à Château-Gontier. Vous trouverez sur le calque joint:

1° Un terrain d'entraînement comportant une piste de 300 mètres et une piste de vitesse de 130 mètres, un plateau d'évolution, des sautoirs en longueur et en hauteur, un sautoir à la perche, deux portiques, des barres de suspension et d'équilibre ainsi qu'une piste d'obstacles.

2° Un terrain de football de 95 mètres X 55 permettant à la fois les compétitions scolaires et les compétitions d'adultes.

3° Deux terrains de basket-ball et un court de tennis!

4° Un gymnase.

5° Un bâtiment pour les vestiaires et douches.

Je suis tout prêt à examiner favorablement le dossier de demande de subvention établi pour la réalisation d'installations analogues à celles dont il est question ci-dessus.

Ce nouveau projet, qui s'élève à 900.000 francs, est présenté à la Municipalité qui en trouve le montant trop élevé alors que quelques mois plus tard elle acceptera un nouveau projet, celui des Lavanderies, dépassant 1.400.000 francs.

Aujourd'hui c'est plus de quatre millions qui seront nécessaires pour l'exécution des travaux prévus.

Cependant une réunion a lieu en février dans le cabinet du maire en vue de l'achat de la prairie du Réau. Le Maire, MM. Doisneau fils, président de I'U. S., du Réau, propriétaire du terrain, et Huger, secrétaire de l'U. S, sont présents.

L'affaire se présente sous un jour vraiment favorable. M. du Réau donne son accord. La Préfecture approuve le projet et fait savoir que les fonds sont disponibles. Dans le plan des réalisations le projet de Château-Gontier est le troisième de France. Avant la fin de 1941, notre cité aura un terrain de sports.

Hélas ! les choses ne se passeront pas ainsi. Le Maire désigne le conseiller municipal dont il est question ci-dessus pour le représenter...

Une importante propriété en bordure de la Mayenne est à vendre en l'étude de Me Martin, maire de Château-Gontier...

A la suite de pourparlers, deux lots sont constitues: le premier, celui qui sera acheté par le conseiller municipal qui, délégué par le Maire a participé aux tractations, comprend les immeubles et deux hectares qui ont échappé à l'exploitation des sablières; le second, celui de la ville, quatre hectares en forte déclivité creusés de vieilles carrières avec seulement quelques mètres de façade sur la route de Laval...

Au cours des années 1941-1942, une grand activité règne aux Lavanderies, mais ce n'est pas dans la partie achetée par la ville. Des toitures sont refaites, des bâtiments de service transformés en maisons d'habitation avec le concours de cantonniers des Ponts et Chaussées. Le ciment est rare et contingenté, il y en a cependant pour ces travaux et il faudra une enquête de l' ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et de l' inspecteur départemental du Travail pour mettre fin à cette activité.

C'est à grand-peine qu'un piètre terrain de football est aménagé en 1943. Les travaux de terrassements sont repris en février 1945 pour être abandonnés le 20 octobre suivant.

Environ 1.100.000 francs, y compris l'achat du terrain, ont été engagés à ce jour ; 1.100.000 francs qui eussent largement suffi à la réalisation du premier projet dont l'exécution aurait certes été achevée avant la fin de 1941.

Aujourd'hui, pour terminer les travaux prévus en raison des augmentations actuelles qui sont susceptibles d'autres majorations encore, il reste à dépenser trois fois la somme déjà engloutie, c'est-à-dire plus de trois millions de francs, vraisemblablement quatre, peut-être cinq.

Contribuables, que ce soit l' État, le département ou la ville qui subventionnent, c'est vous qui en définitive paierez cette note formidable.

Et pendant ce temps les sinistrés qui n'ont plus ni toit ni argent~ attendent les subventions promises en grelottant dans leurs maisons démolies et sans carreaux. Ironie, I' État les invitera en qualité de contribuables à payer leur quote part de ce fastueux terrain de sports.

Tant que leurs maisons détruites ne seront pas reconstruites, les sinistrés ne peuvent admettre que de précieux matériaux soient utilisés pour les travaux d'un terrain de sports dont l'utilité ne serait pas contestable ni contestée en d'autre temps, mais qui, dans les circonstances actuelles, apparaît comme un luxe inacceptable dans une ville où subsistent tant de taudis, où l'eau potable et le tout-à-l'égout sont encore à l'état de projet, dans un pays, j'entends la France, où il y a d'urgence tant de misères à soulager, où le déficit du budget dépasse cette année 400 milliards.

Faire des athlètes, indiscutablement c'est bien; encore faut il les loger dans des maisons salubres et les soustraire au risque d'attraper la typhoïde.

En quelle année sera inauguré le superbe terrain de sports des Lavanderies qui doit faire de notre aimable et joliette cité le joyau de la verte Mayenne ?

C'est la question que se posent tous les administrés.

Combien de millions seront en définitive engloutis?

C'est ce que se demandent tous les contribuables.

Novembre 1945.

suite