A grand renfort d'affiches sur les murs de notre joliette cité et d'entrefilets dans la presse, la troupe Thalie avait annoncé pour le mardi 6 novembre, en soirée, une représentation de la comédie d'Hector Delande, Le Parrain .

Ce soir-là, dès 20 heures, ouvreuses, agents de police, pompiers et spectateurs donnaient a la rue du théâtre, qui ressemble quelque peu à un sentier de montagne, I' animation des grands soirs.

Patiemment ils attendirent. Dans le lointain obscur, 21 heures sonnèrent successivement à toutes les horloges de la ville. Le Parrain n'était pas encore là, la marraine non plus.

Ouvreuses, agents de police, pompiers et spectateurs attendraient encore, s'ils n'avaient pris la sage décision de rentrer chez eux après avoir contemplé pendant une heure et demie alternativement la façade du théâtre et le bas de la rue où jamais n'apparurent les acteurs attendus.

Le ÐÐParrainðð a-t-il été kidnappé ou victime d'un accident d'auto ? C'est l'angoissante question que se posent encore aujourd'hui 18 novembre nos citoyens abusés.

S'il n'en est rien, le « Parrain » est vraiment le digne émule de « Madame Sans-Gène », car ayant beaucoup voyagé il doit avoir beaucoup retenu et avoir en particulier que le téléphone et le télégraphe sont à la disposition des acteurs qui in extremis ne peuvent être au rendez-vous fixé.

Troupe Thalie, mon cher « Parrain », les Castrogontériens ont bonne mémoire: quand vous reviendrez, ce sont peut-être eux qui ne seront pas là.

Novembre 1945.

suite