Jusqu'en l'an de grâce 1938, les spectateurs du «Cinéma Palaceðð durent se contenter pendant les entr'actes de l'étroite et obscure ruelle de Brunesac, heureusement peu fréquentée, pour satisfaire un besoin qui, il y a environ deux mille ans, avait déjà retenu la pratique attention d'un empereur romain.

Donc, en 1938, événement sensationnel, la municipalité fit édifier un urinoir rue Félix-Rigot. Hélas ! aucun système d'irrigation ne fut prévu et les exhalaisons méphitiques des ardoises ne tardèrent pas a incommoder les malheureux habitants du quartier, dont les réclamations restèrent vaines, car dans les rues voisines aucun conseiller municipal n'avait à souffrir de ces relents malodorants.

Quoique le métal ne fût pas rare à cette époque (la monnaie-matière n'était pas encore inventée), aucun écran ne fut érigé pour masquer l'édicule et c'est sous l'Ļil des Castrogontériennes et Castrogontériens que les usagers doivent satisfaire un besoin qui, quoique naturel, est cependant peu spectaculaire. Il est vraiment étonnant que les prostatiques n'aient jamais protesté.

Quand la construction de ce monument à la gloire de Vespasien fut terminé, il n'y eut pas comme à Clochemerle une cérémonie offcielle d'inauguration.

Pour étonnant que cela paraisse de nos jours aucun discours ne fut prononcé, ni par le Maire, ni par le Sous-Préfet, ni par le Préfet, mais une plaque commémorative fut apposée ruelle de Brunesac, à l'angle de la rue Félix-Rigot, sur laquelle on put et peut encore lire:

<<Défense d'uriner et de déposer des ordures sous peine d'amende.>>

Mais, comble de l'ironie, le canal d'évacuation de l'urinoir aboutit, juste sous cette pancarte, dans un caniveau sans pente ou l'eau ne circule jamais.

Ainsi, sans que peut-être ni la municipalité, ni les usagers ne l'aient remarqué, rien n'a été modifié par la construction de cet édicule. ,

Malheureusement, la vespasienne du Cinéma n'est pas à Château-Gontier une regrettable exception.

Si l'actuelle municipalité, hormis quelques-uns de ses anciens membres, n'est pas responsable du fait que les caniveaux de la ville, à la suite de conceptions simplistes, sont dans la plupart des cas le réceptacle du liquide excrémentiel des urinoirs, elle l'est, faute d'entretien, de l'état de saleté repoussante dans lequel se trouvent ces vespasiennes.

Il est inconcevable qu'il soit impossible d'y pénétrer sans relever le bas de son pantalon ou sans risquer de souiller ses semelles.

Il y a certainement d'autres moyens que ce dernier d'assurer le bonheur de nos concitoyens.

Août 1945.

 

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