AVANTPROPOS

Le role du journaliste chargé de la rubrique Iocale ne consiste pas uniquement à relater avec plus ou moins de talent des faits divers sans intérêt, à raconter en une succession de clichés usés, après avoir trempé sa plume dans l'eau de rose, que le soleil ajouta a l'éclat de la cérémonie, que jamais pareille affluence n'avait été constatée (ce

qui est généralement faux), que le maire, le capitaine des pompiers et toutes les personnalités du canton avaient tenu à rehausser par leur présence cette magnifique manifestation dont le traditionnel déroulement est dépeint pour la nième fois avec force détails inexacts.

Non, le journaliste a d'autres obligations. Il doit tirer des faits les enseignements qu'ils comportent, soumettre des idées, provoquer des initiatives, dénoncer injustices, négligences et scandales, dire la vérité, toute la vérité, meme si elle n'est pas bonne à dire, même s'il risque d'etre poursuivi devant les tribunaux pour diffamation par voie de presse ou arrêté pour avoir obtenu une interview de quelque célebre bandit.

Il ne saurait se contenter de noircir du papier, de remplir des colonnes. Il y a chez les pharmaciens des somnifères pour ceuxqui, le soir, ne peuvent s'endormir qu'en lisant la rubrique fameuse des chiens écrasés et des clapiers dévalisés.

Seuls les principes sus-énoncés sont capables de redonner au journalisme local vitalité et intérêt. Certes, débordant le cadre de la cité, j'eusse pu parler de la dissolution du Comité d'organisation des escargots créé sous Vichy, faire l'apologie de Pierrot le Fou, ministre des finances du gang des trations-avant, qui, lui, prend l'argent ou il se trouve.

J'eusse pu également, faisant preuve de cruauté en cette période <<d'abondance rationnée>>, disserter sur l'assiette au beurre, les pots de vin, le pingouin, le prix excessif des tomates qui rougissent de leur estimation surfaite, commenter la valeur excessive des navets qui seront toujours des navets.

Je me contente aujourd'hui d'offrir à mes amis connus et inconnus quelques-uns des petits billets publiés sous ma signature dans les quotidiens et hebdomadaires régionaux de 1945 à nos jours.

Peut-être certains, dans le désir d'ajouter à un mérite que je sais d'ailleurs faible, objecteront que la critiaue est aisée. J'en conviens, je l'avoue mais j'ai cependant aujourd'hui la satisfaction de constater que mes critiques n'ont pas été inutiles, car la plupart des réalisations municipales sont postérieures à mes campages de presse.

Je n'ai donc point usurpé le titre de 24e conseiller municipal de la ville de Château-Gontier dont l'Assemblee ne comprend que 23 élus.

Puisse la lecture de ma prose ne pas être chose ennuyeuse pour ceux qui avec bienveillance accorderont quelques brefs instants à mes petites histoires castrogontériennes.

Raphaël MOREAU

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