VOLNEY
Constant-Francois de ChassebÏuf 1751-1820
Si de nos jours Craon, joliette petite ville du sud du département de la Mayenne, connaît une certaine notoriété grâce à ses manifestations hippiques réputées, grâce aussi à une race porcine renommée, moins nombreux sont les indigènes qui savent que leur cité possède un autre titre à la célébrité, celui d'avoir vu naître Volney.
Certaines villes seraient heureuses d'avoir ce privilège car elles pourraient mettre sur les piédestaux qui ornent leurs jardins publics autre chose que des vasques fleuries.
Contrairement à ce que les amis et admirateurs de Volney avaient souhaité après sa mort, sa statue ne fut pas érigée au cÏur de la ville mais au milieu d'un square, celui de la gare.
Cette gare, comme toutes ses sÏurs, est située à la périphérie de la ville car à l'époque où elle f,ut construite les locomotives à vapeur, monstres modernes de l'apocalypse, étaient accusées de semer la terreur et la panique dans les villes et villages et susceptibles d'y allumer des incendies.
Depuis 1938, la petite gare est fermée au trafic des voyageurs et le square dont la clôture ressemble à celle d'un paddock ou d'un parc à moutons est peu fréquenté et il est envahi par une végétation peu respectueuse des règlements municipaux concernant les jardins publics.
Au milieu de ce square, Volney statufié, frappé d'ostracisme, contemple esseulé le tronc d'un sapin malencontreusement planté là.
Écrivain et homme politique, Volney dont beaucoup de villes ont honoré la mémoire en donnant son nom à l'une de leurs rues ne méritait pas cet oubli de la part de ses concitoyens.
Ennemi du despotisme comme des excès populaires, il écrivait en 1787: <<Dans les circonstances présentes il nous est de la plus étroite nécessité de conserver la paix, elle seule peut réparer le désordre de nos affaires. Rassemblons toutes nos forces et toutes nos attentions sur notre situation intérieure, rétablissons l'ordre dans nos finances, rendons la vigueur à notre constitution>>.
Si d'aucuns peuvent lui reprocher, à bon droit, d'avoir fait revivre avec ironie et âpreté les polémiques de Voltaire, son amour de l'indépendance, sa fidélité aux convictions premières, son vrai talent de style, ses immenses travaux sur la chronologie I' histoire, les langues orientales et aussi le décret que, député, il fit rendre aux États Généraux en condamnant les guerres de conquête, tout cela peut atténuer les excès du philosophe polémiste contenus dans <<Les Ruines ou Considérations sur les Révolutions des Empires>>. Cet ouvrage froid, déclamatoire, antireligieux est aujourd'hui à peu près oublié. L'esprit de parti lui assura cependant, pendant de longues années, une réputation exagérée.
Pour demeurer banni par nos contemporains, Volney a joué un trop grand rôle dans la vie politique de la France.
Député aux États généraux de 1789, accusé de royalisme et emprisonné pendant la Terreur il recouvra la liberté le 9 Thermidor.
En 1795, il s'embarque pour l'Amérique où il est accueilli avec enthousiasme comme ami de Franklin et de Washington.
Nommé à son retour membre de l'Institut, il s'associe au 18 Brumaire mais refuse de partager le Consulat avec Bonaparte. Plus tard il entre au Sénat Conservateur dont il devient le vice-président. S'il s'opposa au Concordat, il s'opposa aussi à l'expédition de Saint-Domingue, à la création de l'Empire ce qui ne l'empêcha pas de recevoir le titre de Comte auquel il dut, dit-il, s'accoutumer.
Enfin en 1814 il signa l'acte de déchéance de Napoléon 1er.
A Paris, rue de la Rochefoucauld, il fit bâtir une petite maison aujourd'hui démolie. Sur la façade il apposa une plaque sur laquelle le passant pouvait lire cette inscription désabusée: « En 1802 le voyageur Volney, devenu Sénateur, peu confiant dans la Fortune, a bâti cette petite maison plus grande que ses désirs »
Cette maison fut vendue en 1819 et c'est dans l'hôtel de la rue de Vaugirard portant aujourd'hui le n° 77 qu'il mourut.
Pour être oublié et frappé d'ostracisme dans sa ville natale Volney a eu une trop grande activité dans la République des Lettres. Aujourd'hui, grâce au prix qu'il créa, il encourage encore la linguistique en permettant à l'Institut de couronner le meilleur travail sur les langues orientales.
Quand Volney aura regagné le cÏur de sa ville natale, le touriste qui s'enquiert du lieu où se trouve la statue de l'écrivain n'entendra plus avec stupéfaction cette réponse:
<<Volney, la statue de Volney ? Monsieur je ne connais pas, Je ne sais pas. Il n'y a pas de statue de Volney à Craon>>.
Qu'adviendrait-il si le touriste était l'homme à la caméra invisible ?
N.D.L.R.: La rue Volney à Château-Gontier relie la rue des Quatre-Vents à la rue René d'Anjou, quartier St-Rémi.