Charles Loyson a vécu ce que vivent les roses, l'espace, dans l'éternité, d'un matin.
Fils, comme l'héroïque général Lemonnier, d'un modeste artisan bourrelier, il naquit à Château-Gontier le 13 mars 1791. Son frère Louis Julien, Inspecteur d'Académie puis successivement recteur des Académies d'Orléans, de Metz et de Paris eut trois fils: l'Abbé Théodore Loyson professeur de théologie à la Sorbonne, Charles Loyson, orateur célèbre qui sous le nom de Père Hyacinthe illustra la chaire de Notre Dame de Paris, enfin Julien Jean qui après avoir été Sous~Pré;Préfet et conseiller de Préfecture exerça les £onctions d'attaché au Secrétariat du Prince Président Louis-Napoléon.
A 12 ans Charles Loyson entre au petit Collège de Beaupréau dont il fut de tous temps le plus brillant élève. Il remporta tous les premiers prix. C'est à 17 ans qu'il quitte cet établissement pour enseigner la rhétorique au collège de Doué, ce qui ne l'empêche pas de continuer à étudier.
En 1809 il entre ~à l' École Normale Supérieure où il est le condisciple et l'ami du physicien Claude Pouillet et du philosophe Victor Cousin qui devint membre de l'Académie Française. Trois ans plus tard il obtient le titre de Docteur ès Lettres en traitant d'une façon magistrale le thème fort délicat « De la manière de traduire les poètes anciens ». Après les grandes vacances il est nommé répétiteur à l' École
Normale mais le poète est susceptible et irritable. Il abandonne alors ce poste pour celui de suppléant des classes de rhétorique et d'humanités au lycée~Bonaparte.
L'abdication de Fontainebleau le délie de son serment au régime impérial. Protégé par Royer~Collard, orateur politique et philosophe spiritualiste, il acclame bruyamment, avec un enthousiasme débordant, le retour de Louis XVIII. Reconnaissant, ce dernier le nomme chef du secrétariat de la librairie du Ministère de l'Intérieur. C'est ainsi qu'à cette époque l'on appelait les bibliothèques.
Le départ de Napoléon de l' Ile d'Elbe lui fit perdre cet emploi. Il revint dans son pays natal et c'est seulement après Waterloo qu'il obtient le poste de chef de bureau au Ministère de la Justice.
Promu maître de conférences à 1'École Normale, Charles Loyson fut profondément déçu lorsqu'il apprit que son fidèle ami Papon, renonçait, en raison de la mauvaise santé de sa femme, à la chaire de philosophie qui venait de lui être attribuée à l' École Normale Supérieure. Loyson n'avait pas été étranger à cette nomination.
Triste et découragé, se sentant esseulé, donnant l'impression d'être atteint d'une maladie de langueur il obtint un congé de plusieurs mois qu'il consacra à l'étude de la langue anglaise et au concours de poésie ouvert par l'Académie française. « L'influence de l'étude sur le bonheur dans toutes les situations de la vie ». Tel était le sujet proposé.
Jugeant alarmante l'hypocondrie dont il souffrait, les médecins lui avaient prescrit six heures d'activité par jour, moitié à pied, moitié à cheval. Hélas ! il ne tint aucun compte des impératifs conseils de ses médecins. Cesser toute activité littéraire était pour lui chose impossible. Pendant presque trois années, tout en assurant ses cours à l' École Normale, il multiplia ses publications dans divers journaux et revues: « Les Débats »
« Les Archives littéraires politiques et philosophiques » « Le Spectateur » et ÐÐLe Lycée françaisðð.
Odes, élégies, épîtres, madrigaux, pamphlets et articles de critique proliférèrent. Ses épîtres à Victor Cousin et à Royer~Collard font songer à l'ode de Lamartine à Byron.
Il est regrettable que 1'Ïuvre littéraire de Charles Loyson soit de nos jours peu connue, voire méconnue. Nombreux sont, parmi les élèves de nos établissements scolaires, ceux qui ignorent l' Ïuvre de celui qui fut l'un de nos brillants ,concitoyens.
En 1818 Charles Loyson a le pressentiment qu'il est gravement malade. En proie à la nostalgie, dans les moments de souffrance il envisage de quitter Paris pour revivre, dans sa ville natale, ses chers souvenirs d'enfant et d'adolescent car, comme il le confessait souvent, son destin ne fut toujours que d'être heureux en rêve.
Son noble devoir d'enseignant et la mission philosophique~ qu'il s'était imposée lui firent renoncer à cette solution d'abandon. Et c'est entouré de ses deux frères et de ses amis qu'il mourut.
Le 28 juin 1820, jour de ses funérailles, Victor Cousin, s'adressant au disparu qu'il considérait comme son frère, déclara avec émotion:
ÐÐTu n'as paru qu'un instant sur la terre mais pendant cet instant si court et si bien rempli tu as cru à la sainteté de l'âme, à celle du devoir, à tout ce qui est beau, là tout ce qui est bien et tu n'as cessé de nourrir dans ton coeur les seules espérances qui ne trompent point. Ta vie a été pure, ta mort chrétienneðð.
Charles Loyson repose dans,ns une nécropole parisienne « Le Père Lachaise » mais son âme doit souvent hanter le « Bout du monde », ce jardin public oasis de silence et de verdure où il vint si souvent se recueillir et rêver car il se sentait plus près de Dieu.
Charles Loyson ne s'était fait aucune illusion sur sa mort prochaine et, dans une émouvante élégie, il confessait, peu de temps avant sa mort:
Eh bien ! écoutez donc mes paroles dernières
Approchez: sur ce lit témoin de mes tourments
Jurez à votre ami d'accomplir ses prières
Mais, non, je vous connais: retenez vos serments
Au moment où la mort va frapper ma jeunesse
Par ce coup imprévu, des parents adorés
Perdront l'unique appui qu'attendait leur vieillesse
Je vous lègue le soin de ces gages sacrés.
Qu'ils vont pleurer ce fils, que la Parque inhumaine
Sur des bords étrangers aura frappé loin d'eux.
Combien ils maudiront cette terre lointaine
Qui me prive, en mourant, de leurs derniers adieux.
Qu'ai-je fait en quittant leur modeste chaumière ?
T'ai dérobé ma cendre à leurs justes douleurs,
Je suis venu chercher une tombe étrangère
Qu'ils ne pourront hélas ! arroser de leurs pleurs.
Ah ! Je m'en séparai dans une autre espérance.
Je voulais quelque jour, près de leurs cheveux blancs
Leur rendant tous les soins qu'en reçut mon enfance
D'amour et de bonheur entourer leurs vieux ans.
Doux rêves dont mon coeur fut en vain occupé ?
Deux rêves dont mon coeur fut en vain occupé ?
Et mes rêves d'amour, et mes rêves de gloire
Tout fuit: toi seule, ô mort, ne m'auras pas trompé !
Ces vers constituent un magnifique exemple de résignation chrétienne devant la mort et aussi un témoignage d'amour filial.
Les poètes ne meurent pas, ils continuent à vivre dans l'âme et le cÏur de ceux pour qui la culture n'est pas un vain mot.