Le 5 mai 1848, Arago, Garnier-Pagès, de Lamartine, AIarie et Ledru-Rollin étaient élus membres de la Commission exécutive du gouvernement.

Le dimanche 14, ils devaient assister à la a ÐÐFête de la Concordeðð. L'atmosphère lourde et agitée laissant présager d'inquiétants événements, dans la crainte de troubles, la manifestation fut reportée au 21.

L'interpellation annoncée à l'Assemblée sur la lutte désespérée que soutenait pour son indépendance l'héroïque peuple polonais devait remplacer la première occasion de désordres manquée.

Au cours d'une réunion qui eut lieu le 14 mai au Petit Luxembourg, réunion à laquelle assistait le général Foucher, commandant militaire de la région de Paris, le commandement de la force publique fut confié au chef de la milice citoyenne le général Courtais, dont, vingt-quatre heures plus tard, l'impéritie traîtresse imposait le décret suivant:

La Commission du pouvoir exécutif investit le général de division Foucher du commandement en chef de toutes les forces militaires de Paris, y compris la garde nationale et la garde nationale mobile.

Fait au Conseil du gouvernement, au Petit Luxembourg. »

Quand notre compatriote fut informé de la haute mission qui lui était dévolue, la situation était critique: 15.000 citoyens venant de la Bastille avaient envahi l'Assemblée; à la Madeleine, le général Courtais s'était mis à leur tête et avait fait ouvrir les barrages qu'il avait lui-même établis pour protéger le Palais Bourbon.

C'est alors que le général Foucher arrive avec ses gardes nationaux, pénètre dans la salle des séances où les émeutiers ont provoqué la plus inquiétante confusion. Le président Buchez a été chassé de son fauteuil; Huber, de la tribune conquise par les séditieux, déclare l'Assemblée dissoute, Barbès et Sorbié sont portés en triomphe, pendant que de Lamartine et Dupont de l'Eure, exténués et frappés de stupeur, errent muets parmi les représentants.

Foucher chasse les révolutionnaires; les représentants regagnent leurs bancs, et du fauteuil présidentiel, le ministre Duclerc, dans le calme rétabli par un roulement de tambours, peut déclarer: « L'Assemblée n'est pas dissoute. Au nom du peuple français qu'une infime minorité ne déshonorera pas elle reprend ses travaux ».

Le général se rend ensuite à l'hôtel de ville, premier et dernier rempart de l'insurrection, où, dans l'aile droite, Barbès a établi son gouvernement provisoire, tandis que, dans l'aile gauche, le maire de Paris, Armand Marrast, ses adjoints et ses collaborateurs, se croient en sécurité, défendus par les gardes républicains du colonel Rey, commandant du palais et ami de Barbès.

Au pas de charge, avec ses hommes, le général Foucher gravit l'escalier de l'hôtel de ville, expulse les insurgés. Barbès, arrêté, est envoyé au fort de Vincennes; les 3.000 clubistes ouvriers, gardes nationaux, sont coupés de leurs communications, la place est dégagée. Le chemin de la Maison commune est ouvert à de Lamartine et à Ledru-Rollin. Le drapeau rouge ne remplacera pas le drapeau tricolore.

Reconnaissante, la Commission du pouvoir exécutif retire le 19 mai au général Foucher le commandement en chef des troupes de Paris dont elle l'a investi quelques jours plus tôt quand la situation était critique. Le décret est ainsi conçu:

« La Commission du pouvoir exécutif, croyant qu'elle doit conserver immédiatement la direction de toutes les forces militaires de la capitale, déclare que l'ordre qu'elle avait donné au général Foucher et qui l'investissait du commandement supérieur de ces troupes cesse aujourd'hui d'avoir son effet. »

Ainsi, grâce à d'énergiques et pertinentes mesures, le 15 mai 1848, les émeutiers furent dispersés, l'ordre rétabli, la Deuxième République sauvée par un général mayennais qui est presque un castrogontérien puisqu'il est né à Quelaines, par un général dont il n'a pas été question à Château-Gontier lors de la célébration du premier centenaire de la Révolution de 1848, quoique son portrait soit depuis plusieurs années déjà dans notre « Hôtel de Ville, dans l'escalier,à une place d'honneur.

Peut-être en 2.048, lors de la commémoration du second centenaire, le premier magistrat municipal de notre cité rendra-t-il au général Foucher l'hommage qu'il mérite, un hommage qui dépasse le cadre de l'histoire locale.

Juin 1948.

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